Le gouvernement accusé de retenir illégalement des réfugiés

La Cimade dénonce les détentions illégales et les menaces d’expulsions des migrants installés sur le littoral nord.

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Dans son communiqué publié mercredi matin, la Cimade dénonce les techniques de dissuasion utilisées par certaines préfectures du nord de la France pour déloger les réfugiés installés sur le littoral. Chassés par la destruction d’une partie de la jungle de Calais, de plus en plus de réfugiés rejoignent les ports de Caen et de Cherbourg pour tenter de rejoindre le Royaume-Uni. Un phénomène qui fait craindre à certains préfets « un Calais bis ».

LIRE NOTRE DOSSIER >> Quel accueil pour les migrants ?

Comme l’avait fait le Pas-de-Calais en 2014, les préfectures de la Manche et du Calvados enferment les réfugiés dans des centres de rétention pour les éloigner des ports. La plupart d’entre eux sont envoyés au centre de rétention de Rennes où 372 détenus ont été enfermés depuis le 1er janvier 2016. Parmi eux, 111 personnes ont été envoyés sur décision de la préfecture du Calvados et 45 sur décision de la préfecture de la Manche. En tout, 119 personnes ont été enfermées après avoir été interpellées dans un port du littoral nord (Cherbourg, Caen, Saint-Malo, Roscoff).

« Décourager et disperser »

Une pratique jugée illégale par la Cimade qui rappelle que les réfugiés, principalement Iraniens, Irakiens et Afghans ne sont pas reconductibles à la frontière. « Le but est de les décourager et de les disperser pour éviter un regroupement comme à Calais, affirme Riwanon Quéré l’une des deux intervenantes de l’association du centre de rétention de Rennes. Le mois dernier, deux iraniens ont été enfermé dans ce centre par la préfecture du Calvados. Dès le premier jour, nous avons appris que ces personnes allaient être libérées cinq jours plus tard par la préfecture elle-même avant même qu’elles soient présentées au juge ! »

Le nombre de personnes enfermées dans le centre de Rennes a doublé entre 2012 et 2015. En 2012, on comptait onze enfermements par semaine contre dix-neuf en 2015 et vingt-quatre pour le début de l’année 2016. Pour protester contre cette augmentation, la Cimade a décidé de se retirer du centre : « On demande que ces pratiques illégales cessent et que ces personnes soient protégées et non pas privées de leur liberté », explique Riwanon Quéré. En se retirant, l’association espère aussi sensibiliser le ministère de l’Intérieur, qui finance la mission, à ses conditions de travail au sein du centre. « Il y a autant de personnes détenues ici qu’au centre de rétention de Toulouse qui est bien plus gros. Là-bas, il y a quatre personnes de la Cimade, ici on n’est que deux ! », s’énerve-t-elle.

Un phénomène qui ne date pas d’hier

Déjà en 2014, quelques centaines de migrants étaient venus tenter leur chance aux ports de Caen et de Cherbourg. Pour Paul, bénévole au sein de l’association Itinérance qui vient en aide aux réfugiés installés à Cherbourg, l’arrivée des premiers exilés dans la ville remonte à 2002 avec la fermeture du camp de Sangatte. Pour Riwanon Quéré, l’augmentation du nombre de réfugiés dans ces ports périphériques est aussi liée à un mouvement stratégique : « On nous a raconté que des passeurs reconduisaient les réfugiés vers Caen car il est devenu trop difficile de gagner le Royaume-Uni par Calais. » Une difficulté qui se fait sentir aussi à Cherbourg où nombreux sont ceux qui, fatigués par les tentatives de passage, décident de demander l’asile en France. « Mais la déception n’est pas très loin, précise Paul, puisque même ceux qui ont fait la demande d’asile sont en attente d’un logement. »


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