Pesticides : une semaine de recul ?

Interdiction des insecticides néonicotinoïdes et du glyphosate... François Veillerette, porte parole de Générations futures, commente les derniers rebondissements dans la lutte contre les pesticides.

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Semaine chargée sur le front des pesticides : interdiction des insecticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles à partir de 2020; absence de majorité qualifiée en faveur de la ré-autorisation du glyphosate pour la Commission européenne... François Veillerette, porte parole de Générations futures revient sur les circonstances de ces mesures.

Pouvez-vous revenir sur les derniers évènements en matière de législation concernant les pesticides ?

Encore aujourd’hui se tenait le vote en comité d’appel de l’homologation du glyphosate. Organisé après trois réunions du comité permanent qui n’ont pas permis d’établir une majorité qualifiée, ce vote a donné le même résultat. La France et Malte ont voté contre la ré-autorisation du glyphosate, mais sept pays se sont abstenus, dont l'Allemagne, l'Italie ou le Portugal. La Commission européenne va tout de même prendre une décision lundi prochain, sans le vote du comité. Mais s'il devait y avoir l’homologation du glyphosate, alors c’est qu’il y aurait un problème au sein de l’Union européenne - qui ne respecterait pas ses propres règles.

Le 23 juin, un autre vote a permis d’interdire l’usage des insecticides néonicotinoïdes. Voté en troisième lecture à l’Assemblée nationale, le principe d’interdiction se retrouve cependant fragilisé par des dérogations. À chaque lecture, nous avons perdu des années. Prévue à l'origine en 2016, puis en 2018, l'interdiction de ces produits a été reportée en 2020. Nous allons encore connaître quatre années de culture, et cela n'est pas une bonne nouvelle puisque 300.000 colonies d'abeilles meurent tous les ans à cause de ces insecticides. Deux années auraient suffi pour écouler les stocks et mettre en place une alternative.

Dans l'un de vos communiqués, vous évoquez des raisons «obscures» concernant le report de la publication du rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), chargé d'évaluer l'exposition des professionnels aux pesticides.

Après quatre ans de recherches, le rapport de l’Anses [dont l’objectif est «d’identifier, évaluer et caractériser les expositions des travailleurs agricoles aux pesticides» ndlr], n’a toujours pas été publié. Il devait l’être voici neuf mois, et dernièrement le 21 juin, nous avons appris seulement la veille que cette publication était de nouveau reportée. Nous sommes assez surpris de cette décision, et plutôt fâchés car nous ne faisons pas partie des destinataires alors que la FNSEA [principal syndicat agricole français, ndlr] possède une copie du rapport. Nous appelons donc le nouveau directeur de l'agence à réaffirmer les principes d’égalité des parties prenantes dans cette affaire en nous faisant parvenir ce rapport. Celui-ci traite de la protection des travailleurs agricoles exposés à des pesticides. Nous avons l’impression qu’il s’agit de freiner sa sortie ou qu’il y a des pressions contre sa publication.

Parleriez-vous de «reculs», notamment concernant l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes reportée à 2020 ?

Les vrais reculs, comme les reculs relatifs, ont tous la même cause : un système agricole basé sur l’utilisation de pesticides en grande quantité et développé pour produire de gros rendements. Le système dépend par nature de la présence de ces substances.

En France, nous avons tout de même un plan de réduction des pesticides qui n’a pas produit zéro résultat, au contraire. Mais quand les ministres ont envie de faire quelque chose, ils se heurtent à des lobbies de l’industrie agro-alimentaire, de l’industrie chimique, ou à la FNSEA. Des lobbies aussi puissants à Paris qu’à Bruxelles ont des capacités bien supérieures aux nôtres pour faire changer d’avis les gouvernants.

Le fait que l’utilisation du glyphosate n’ait pas été ré-autorisée comme une simple formalité, c’est déjà miraculeux. D’ailleurs, Monsanto, qui l'utilise comme principe actif du Roundup, ne s’y attendait pas. Pour les insecticides néonicotinoïdes, c’est la même chose. Malgré les dérogations, auxquelles nous sommes opposés, il y a tout de même le principe d’interdiction, et il est unique en Europe. Tout cela montre que l’on peut faire avancer les choses. Mais on se heurte à des intérêts, notamment ceux de l’agrochimie ou d’une partie du monde agricole favorable à la culture intensive et industrielle qui crient à l’effondrement des productions ou à la perte d’autonomie. Alors que dans le même temps, les avis qui dérangent sont systématiquement pilonnés par des groupes de pressions.


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