L’écologie, nouveau marqueur politique

Avec le verdissement de Jean-Luc Mélenchon puis celui de Benoît Hamon, renforcé par le ralliement de Yannick Jadot, les idées écologistes constituent désormais un pilier de la pensée de gauche.

Dimanche 15 janvier, deuxième débat télévisé de la primaire organisée par le Parti socialiste. On aborde le thème de l’écologie, et la journaliste Ruth Elkrief lance : « Est-ce qu’il ne faut pas dire la vérité aux Français, que l’environnement, ça coûte plus cher pour le portefeuille ? » Puis, précisant son angle d’attaque : « Est-ce que mettre fin au diesel n’est pas une question de bobos ? »

L’écologie, tendance chic pour Parisiens aisés : les poncifs d’une autre époque servis par l’animatrice de BFM TV tombent à plat devant les sept candidats. Benoît Hamon était particulièrement visé : depuis le début, ses idées sont au centre des débats de cette primaire, où le frondeur socialiste se présente notamment comme profondément converti à l’écologie. Dans un entretien au site Reporterre [1], il déclarait : « J’ai été croyant – au sens où la croissance économique est devenue un culte – mais je ne le suis plus… Je le dis et je le répète pour que tout le monde comprenne bien : je ne serai plus socialiste sans être écologiste. »

Le programme du candidat est structuré par les hypothèses de la fin de la croissance et de la raréfaction du travail sous la poussée des technologies numériques. Il juge aussi nécessaire le « changement de paradigme », car la santé et l’environnement sont menacés. Cet ancrage est désormais renforcé par l’accord passé avec Europe écologie-Les Verts (EELV), qui acte une intégration presque complète des grands axes programmatiques défendus par Yannick Jadot, qui s’est retiré en sa faveur. L’ex-candidat écolo vient d’ailleurs d’être adoubé « conseiller spécial » par Benoît Hamon, dans un organigramme qui fait une place royale aux nouveaux partenaires puisqu’il accueille pas moins de 31 de leurs cadres (Cormand, Duflot, Joly, Mamère, Rivasi, Bové, Durand, Meirieu, Sas…).

En l’espace de quelques semaines, le frondeur socialiste aura rendu visible une petite révolution idéologique qui, si elle n’entraîne pas l’ensemble du PS, loin de là, vient renforcer un mouvement de fond amorcé notamment par Jean-Luc Mélenchon depuis 2012 : l’écologie fait désormais partie des piliers de la pensée de gauche.

L’affirmation de son aggiornamento par Benoît Hamon est récente, « mais il s’est sensibilisé aux questions écologiques quand il dirigeait le ministère de l’Économie sociale et solidaire [2], affirme Guillaume Balas, responsable programme de son équipe. Il a pris conscience que l’idéologie du productivisme était à la source d’une crise climatique et écologique à dimension existentielle. Par ailleurs, la cause de l’écologie est un puissant facteur de remobilisation contre la logique du marché. »

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