La bonne nouvelle du jour

L’avenir nous dira si le parti progressiste trouve un bénéfice dans la proclamation que l’immigration fait un problème.

Sébastien Fontenelle  • 5 septembre 2018 abonné·es
La bonne nouvelle du jour
© photo : CHRISTOPHE SIMON / AFP

Camarade,

Tu peux bien sûr continuer inlassablement, comme tu viens de le faire dans ton discours de clôture de ton université d’été, à fustiger « ceux qui organisent l’immigration par les traités de libre-échange et qui l’utilisent ensuite pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux » et à suggérer par ces mots, petit a, que « l’immigration tire à la baisse les salaires » – en faisant semblant de ne pas savoir que c’est ce que la Pen disait déjà en 2011 – et, petit b, de façon plus pernicieuse, que les militant·e·s antiracistes qui n’ont pas oublié qu’en réalité (1) « ce ne sont pas les immigrés qui font pression sur les salaires, mais le taux de profit que les capitalistes extirpent du travail des salariés, français ou immigrés, en France comme dans le monde entier » font le jeu du patronat et seraient donc – c’est induit – des traîtres à la cause anticapitaliste (2).

(À vrai dire, il est un peu étonnant, et peut-être aussi un peu désespérant, de te voir adhérer si étroitement à l’idée que le capitalisme, dans sa déclinaison néolibérale, serait au fond, et par calcul, accueillant aux migrant·e·s – liste non exhaustive – quand il est, de si longue date, si manifeste que c’est au contraire par l’entretien d’anxiétés altérophobes qu’il assure aussi son emprise : un peu étonnant, et peut-être aussi un peu désespérant, pour le dire autrement, que tu lui fasses un tel cadeau.)

Tu peux aussi, et dans un registre somme toute assez voisin, continuer inlassablement à répéter qu’oui, tu aimes « la France », qu’oui, tu aimes ta « patrie », et qu’oui, tu es « fier d’avoir ramené dans [tes] meetings le drapeau tricolore et “La Marseillaise” » : après tout, l’avenir électoral nous dira bientôt si le parti progressiste trouve un bénéfice dans la double proclamation que l’immigration fait un problème (car c’est bien cela que tu énonces toi aussi quand tu la présentes comme une ruse des camps patronaux) et que la gauche devrait peut-être moins se disperser dans des combats diversitaires – ou s’il gagne quelques voix dans le secouer rythmé de drapeaux français.

Et si tu éprouves alors, en de certains lendemains de scrutin, la déception de qui vient (encore) de (re)vérifier que ses concessions à l’air droitier du temps ne sont d’aucun effet concret, il sera toujours temps pour toi – c’est la bonne nouvelle du jour – de regagner la crête, battue ces temps-ci par des vents un peu contraires où se maintient encore, loin des cocardes et des frontières, une gauche bariolée, anticapitaliste, antiraciste, antisexiste – et certaines fois même antispéciste.

(1) Comme l’a récemment rappelé, par un tweet assez taquin, le camarade Besancenot.

(2) Tu n’es pas exactement seul dans cette dérive : l’admonestation de ces militant·e·s que leur antiracisme détournerait trop de la mère de toutes les luttes – des classes – semble même être devenue, dans l’époque, une discipline à part entière.

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De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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