Dans le Donbass, guerre et nationalisme

À Donetsk, la région séparatiste de l’est du pays, règne une ambiance de propagande ultra-patriotique prorusse qui cache mal l’avenir précaire d’une « république » isolée. ­

À l’été 2014, c’était un âpre champ de bataille. En quelques jours, la colline de Saur-Mogila, qui offre un point de vue stratégique sur la frontière russe, avait connu un pic de violences entre les troupes ukrainiennes et les forces séparatistes. À son sommet, l’obélisque érigé en 1963 pour célébrer la victoire, vingt ans plus tôt, de l’Armée rouge contre l’offensive nazie dans le Donbass s’était même effondré au terme des combats. Le 7 septembre 2018, au moment de la commémoration des 75 ans de cette même victoire, le calme paraît rétabli. Des dizaines d’enfants et de lycéens foulent la grande allée bordée d’épicéas, suivis de leurs mères, dont les voiles colorés remuent avec le vent. La journée est marquée par le passage de militaires et de conscrits, qui, après un défilé en musique, déposent des gerbes de fleurs en hommage à tous les civils et soldats tués depuis 2014.

Des morts, il y en a eu plus de 10 000 dans ce conflit, selon un rapport de l’ONU réalisé en 2017. Et ce malgré les accords de Minsk, qui avaient réuni en 2015 l’actuel président ukrainien, Petro Porochenko, Vladimir Poutine, Angela Merkel, François Hollande et les leaders des « républiques » de Donetsk et de Louhansk – les deux entités pro-russes qui ont pris le contrôle de l’est de l’Ukraine. Ces accords devaient notamment permettre la mise en place d’un cessez-le-feu et la création d’outils pour sécuriser la ligne de front. Mois après mois, ils n’ont pas pu empêcher la formation de ces deux « États » non-reconnus par la communauté internationale, lancée après un référendum d’autodétermination tenu en mai 2014.

Par ce vote, dont les bases démocratiques restent contestées, les administrations séparatistes s’emploient à diffuser leur idéologie en vue de s’enraciner. Mais l’instabilité demeure, comme le montre l’assassinat du chef de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, en plein centre-ville de la capitale autoproclamée, le 31 août dernier. Les autorités continuent cependant d’entretenir un sentiment patriotique exacerbé en contrôlant l’histoire de leur territoire, mais aussi ce qui se dit de lui : depuis 2015, la plupart des journalistes étrangers jugés trop critiques par le pouvoir en place sont interdits de territoire. Seuls les nouveaux venus peuvent encore y entrer. Même si la population n’est pas tout entière lancée à corps perdu dans l’avenir de la « République populaire de Donetsk » (RPD).

Vue d’Europe de l’Ouest, si la guerre semble gelée, la ligne de front demeure active localement et est régulièrement le théâtre d’échanges de tirs. C’est le cas à Spartak, un village proche de la capitale séparatiste, coincé à côté de la frontière avec le territoire ukrainien. Mille six cents habitants peuplaient cette zone résidentielle avant le conflit. Seuls quarante sont restés. Parmi eux, Galina Ivanova, avec son fichu sur le front et son râteau presque plus grand qu’elle. La retraitée s’autorise une pause dans son jardinage. « Ma fille et ses enfants se sont installés dans un appartement au centre-ville de Donetsk, car il n’y a ni électricité, ni gaz, ni eau courante ici », explique-t-elle, en assurant que la vie sur place reste « correcte pour une personne », grâce à sa retraite, aux aides de la Croix-Rouge et aux rations de bois et de charbon distribuées par le district.

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