Gérard Meylan : L’acteur au coin de la rue
Gérard Meylan, présent dans presque tous les films de Robert Guédiguian, dont le nouveau, _Gloria Mundi_, est un comédien atypique. Vivant à l’Estaque depuis sa naissance, il a travaillé 38 ans comme infirmier. Rencontre avec cet actif contemplatif.
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Au moment de retrouver Gérard Meylan au restaurant La Rade, à l’Estaque, au nord de Marseille, on se demande s’il ne va pas ponctuer ses propos de haïkus, comme le fait Daniel, le personnage qu’il interprète dans le nouveau film de Robert Guédiguian, Gloria Mundi.
Le verbe « interpréter », en l’occurrence, semble un peu faible. Cet homme qui sort de prison après avoir purgé une très longue peine, et qui regarde le monde se déliter avec une profonde compassion, Gérard Meylan l’a investi de tout son être. Il l’a poussé à une hauteur hors du commun, presque au-dessus des hommes. Il lui a offert l’aura mystique que Daniel réclamait. Une rencontre s’est opérée entre le comédien et son personnage, une fusion. « Nombre de spectateurs me disent que je suis dans le film “un être d’amour”, -rapporte Gérard Meylan. C’est ce que je pouvais donner de mieux au personnage. »
L’acteur n’a peut-être jamais été aussi impressionnant à l’écran que dans Gloria Mundi. Il ne passe pourtant jamais inaperçu depuis quarante ans qu’il est aux avant-postes de la plupart des films de Guédiguian, avec Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin. Au tout début de Dernier Été (1), le premier film du cinéaste (1980), Meylan s’extrait de l’obscurité pour apparaître en pleine lumière sur Les Quatre Saisons de Vivaldi, majestueux dans son bleu de travail, beau comme un Indien farouche. D’emblée, il figure une icône : celle d’un travailleur aux rêves usés. Le jeune homme avait alors 27 ans. Depuis, il s’est notamment illustré dans la peau de Frisé (Dieu vomit les tièdes, 1991), de José (À la vie à la mort !, 1995), de Gérard (La ville est tranquille, 2000), de René (Lady Jane, 2008), d’Armand (La Villa, 2017) et bien sûr de Marius (Marius et Jeannette, 1997), rôle emblématique qui l’a mis en pleine lumière en raison du succès extraordinaire du film. Toutefois, la notoriété et les avantages qu’elle peut apporter ne sont pas ce que Gérard Meylan attend du septième art. « J’ai compris avec Marius et Jeannette que le cinéma pouvait aussi être utile. J’ai reçu tant de courriers où les