Slimani et Darrieussecq sous vide

Les deux écrivaines publient chacune dans la presse un « journal d’une confinée ». Hélas.

Christophe Kantcheff  • 21 mars 2020
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Slimani et Darrieussecq sous vide
© ludovic MARIN / AFP

S i les écrivains sont particulièrement requis par le moment présent, c’est aussi qu’ils ont un rapport essentiel avec cette « traversée des catastrophes” (1) que peut être la vie confinée », écrit Jean Birnbaum en ouverture du dernier Monde des Livres. À lire Leila Slimani (« L’herbe verglacée, les tilleuls sur les branches desquels apparaissent les premiers bourgeons»), ou Marie Darrieussecq (« Douceur paradoxale de constater qu’il y a des humains derrière les robots. »), il n’est pas certain qu’en l’occurrence, la généralisation – « les écrivains » – soit pertinente.

Il semble bien que chez certains d’entre eux, ou certaines d’entre elles, le rapport à la « traversée des catastrophes” soit plus inessentiel qu’autre chose.

Le fait de publier, a fortiori celui de vendre beaucoup de livres, ne garantit pas une vision de la réalité plus éclairée. Slimani ou Darrieussecq, pour ne prendre que celles-là mais il serait cruel de ne pas les distinguer tant leurs textes atteignent des sommets d’affliction, trahissent ici non seulement la classe d’où elles parlent – aisée, dominante – mais surtout la faible relation (euphémisme) qu’elles entretiennent avec la matérialité des choses, l’irréductibilité des contraintes, ou le poids des déterminismes sociaux.

Leur phrase est transparente, leurs mots sans gravité (à tous les sens du terme), plus anodins encore que des flocons de neige fondant dès qu’ils touchent le sol – le réel. Leur activité consiste à produire des ritournelles, convenant à (presque) tout le monde, avec une petite dose d’acidulé pour faire passer le goût du fade. Slimani et Darrieussecq, très loin de résumer à elles seules la littérature française d’aujourd’hui, n’ont de « rapport essentiel » qu’avec la vacuité. Ce qui n’a rien à voir avec les situations de confinement.

Société
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