« On nous a dit “vous auriez dû rester ouverts”, puis dans la foulée “il faut fermer” »

Aujourd’hui dans #LesDéconfinés, Francis*, directeur d’un IME accueillant de jeunes autistes, qui a fermé mais va rouvrir partiellement pour accueillir des jeunes dont les parents sont hospitalisés.

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Je suis directeur d’un institut médico-éducatif (IME). Nous accueillons à peu près 200 jeunes autistes et des jeunes avec des déficiences intellectuelles. Au début de la crise, comme tout le monde, nous avons eu les informations par la presse. La semaine avant le confinement, juste quelques consignes sur le serrage de main ou la bise. Puis avant le week-end, les rumeurs sur un confinement commencent et nous voyons ce qui se passe dans l’Oise. Comme nous n’avions aucune directive, nous nous sommes inspirés des écoles, nous avons fermé l’établissement.

Il a fallu dans l’urgence s’organiser pour assurer un suivi à domicile, définir un protocole. Nous ne pouvions pas nous permettre de réaccueillir les jeunes. Dans le même week-end, on nous a dit « vous auriez dû rester ouverts », puis dans la foulée « il faut fermer ». Je travaille dans un établissement public, et nous avons quand même eu des difficultés à avoir des informations. Toutes provenaient des proches : la cousine de la tante de machin qui a dit ça. Donc pas forcément très fiable.

La question à se poser dans l’absence de consignes : comment organiser des interventions à domicile dans des conditions sanitaires suffisantes pour se protéger ? Encore plus compliqué : comment le faire quand nous ne sommes pas un établissement purement médical ? Nous n’avons pas la culture des protocoles d’hygiène stricts comme en hôpital ou en Ehpad.

Nous avons dû trouver nous-même du gel hydroalcoolique, des masques, des tenues… Les maires nous ont beaucoup aidés. Avant, les masques n’étaient « pas nécessaires », selon le gouvernement, nous avons quand même équipé nos intervenants. Et à chaque visite à domicile, c’est prise de température, gants, blouses, tenue de cosmonaute, la totale.

Quand nous avons renvoyé les jeunes chez eux, nous avions peur. Leurs parents n’ont pas l’habitude de les gérer tous les jours. Nous nous attendions à des crises. Mais ce qui ressort, c’est davantage une peur de renvoyer leur gamin chez nous, avec d’autres enfants et les exposer à une contamination. De la même manière, les parents ne nous sollicitent pas davantage pour venir chez eux, de peur qu'on amène le virus.

Désormais, nous allons rouvrir un internat pour accueillir des jeunes potentiellement porteurs du virus dont les deux parents vont être hospitalisés. Il n’y avait aucune autre solution pour ces enfants, il fallait rouvrir. Mais quand les institutions nous l’ont demandé, nous avions deux jours pour tout organiser. Comment assurer la sécurité de tous dans nos locaux – dont l’architecture n’est pas adaptée –, comment gérer l’entretien ? Et puis, il fallait obtenir le consentement de notre personnel. Au vu des risques, nous avons d’abord écarté nos travailleurs âgés, puis ceux avec des risques : insuffisance respiratoire, pathologie cardiaque.

Nous avons d’abord contacté les jeunes, et sur la base du volontariat. Dans le cas contraire, nous aurions dû les « réquisitionner », nous n’avons pas eu à le faire. Au contraire, beaucoup ont eu connaissance de la réouverture d’un internat, ils se sont spontanément proposés. D’autres se sont proposés pour donner un coup de main au foyer de l’enfance à côté, en manque de personnels. C’est le propre de ce genre de situation, nous voyons la fragilité de notre système, mais s’expriment les élans les plus forts d’humanité.


* Le prénom a été changé.


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