Pour l’antispécisme

La « question animale » est absolument essentielle au plein accomplissement de notre humanité.

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Qu’est-ce que l’antispécisme ? En quoi est-il désormais impérieux que la gauche anticapitaliste, antiraciste et antisexiste – la gauche, quoi –, pour être complètement elle-même, l’intègre pour de bon à ce qui la définit ?

Trois ouvrages récemment parus, également ravissants et (par chance) tout à fait complémentaires, apportent à ces questions, en même temps qu’à beaucoup d’autres, d’électrisantes réponses – et devraient puissamment contribuer à la prise de conscience, qui n’a que trop tardé, que la « question animale » est absolument essentielle au plein accomplissement de notre humanité.

Dans Solidarité animale (1), Axelle Playoust-Braure et Yves Bonnardel – militant libertaire qui fut en France l’un des pionniers de cette cause – expliquent, avec beaucoup de pédagogie, que « celles et ceux qui s’opposent au spécisme se battent pour une égalité[…]de considération » s’appliquant de la même manière aux humains et aux « autres animaux », qui possèdent comme nous « la faculté de sentir, de penser, d’avoir une vie mentale subjective »– et donc, bien sûr, de souffrir. Il ne s’agit évidemment pas, contrairement à ce que prétendent les sarcastiques adversaires de l’antispécisme, d’« accorder le droit de vote aux poules », mais bien de « défendre »_enfin « les intérêts réels » des bêtes, et « notamment » leurs « droits fondamentaux à ne pas être tués, torturés ou privés de liberté ». De prendre enfin conscience, en somme, que « la plupart de nos comportements, parmi les plus banals, violent ces principes les plus fondamentaux de la justice et de la morale »._

Dans Animal radical (2), Jérôme Segal retrace pour sa part une très éclairante et enrichissante « histoire et sociologie » de l’antispécisme : les pages consacrées à l’apport du mouvement anarcho-punk « dans l’essor du véganisme », par exemple (qui donnent aussi envie de réécouter quelques vieux classiques hardcore), comme celles qui dénoncent le « veganwashing »_à l’œuvre en Israël, où les autorités ont adopté une « stratégie visant à présenter le pays comme un paradis des véganes » pour mieux « couvrir ce qui se passe en Cisjordanie »_, sont tout à fait passionnantes.

Dans Réparons le monde (3), enfin, la philosophe Corine Pelluchon, elle aussi investie de très longue date dans la défense des causes animale et environnementale – que relie, observe-t-elle, « une convergence profonde » –, propose une stimulante réflexion sur la nécessité de structurer « une philosophie politique prenant en compte les intérêts des humains et des animaux dans le contexte d’une démocratie pluraliste » qui s’attacherait à « compenser le présentisme et le chauvinisme de la démocratie représentative, ce qui a du sens sur le plan national et international ».

Il y a urgence, car, comme le demandent Axelle Playoust-Braure et Yves Bonnardel, « si nous ne prêtons pas notre voix au nombre incalculable » des autres animaux, « qui tiennent désespérément à jouir de leur vie », qui les entendra ? « Et si nous n’agissons pas aujourd’hui, quand le ferons-nous ? »

P.-S. : Très bon été à tou·tes, à dans un mois !

(1) La Découverte, 192 pages, 18 euros.

(2) Lux, 216 pages, 16 euros. Je précise, avant que tu ne m’imputes des conflits d’intérêts de niveau 9 sur l’échelle de (Richard) Ferrand, que mon prochain livre paraîtra (fin août) chez ce même éditeur, et que plusieurs de mes bouquins ont déjà été publiés à La Découverte.

(3) Rivages poche, 288 pages, 8,80 euros.


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