Cette épidémie qui nous pompe l’air

Selon les évaluations, la pollution de l'air causerait en France entre 46 000 et 67 000 morts par an.

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Selon les évaluations, elle causerait en France entre 46 000 et 67 000 morts par an. Les plus vulnérables, on le sait, sont les personnes âgées ou en mauvaise santé. Non, ce n’est pas le Covid-19, installé sans discontinuer depuis huit mois en tête des préoccupations gouvernementales, médiatiques, économiques, sociales, etc. Il s’agit d’une épidémie envers laquelle nos dirigeant·es affichent au contraire une convivialité fort apaisée depuis des décennies : la pollution de l’air.

Au point de provoquer une irritation notable de la Commission européenne, qui a pourtant les bronches blindées quand il s’agit de tancer un « grand » État membre. Le 30 octobre, elle annonçait saisir la Cour de justice de l’Union européenne d’un recours contre la France en raison du « non-respect systématique » des règles concernant les particules fines dites « PM10 », en vigueur depuis le 1er janvier 2005. L’infraction, insiste Bruxelles, perdure depuis douze et quatorze ans, respectivement, dans les zones de Paris et de la Martinique.

Cet État majeur ainsi rappelé à l’ordre ne s’émeut en grand de la santé publique que lorsque l’économie et ses navires amiraux vacillent. Laxiste jusqu’au jean-foutrisme, et cumulard : l’an dernier, la France était condamnée par la justice de l’Union pour non-respect des valeurs limites de dioxyde d’azote (NO2), dont les moteurs diesel sont les principaux émetteurs. En juillet dernier, le Conseil d’État infligeait au gouvernement une condamnation humiliante et sans précédent par son montant pécuniaire, faisant droit à une plainte de l’association Les Amis de la Terre : 10 millions d’euros d’astreinte par semestre s’il tarde, sous six mois, à renforcer les mesures antipollution pour l’air de huit grandes agglomérations (Fort-de-France, Grenoble, Lyon, Marseille-Aix, Paris, Reims, Strasbourg et Toulouse).

En 2017, la même cour administrative avait déjà mis le gouvernement en demeure d’agir à la hauteur de cette catastrophe sanitaire banalisée. En vain. Le Conseil d’État rappelle que les directives européennes en matière de qualité de l’air imposent aux États une obligation de résultat. Une base juridique qui balaie la classique riposte du gouvernement, déclinée encore vendredi dernier par la ministre de l’Écologie, à la suite de la nouvelle saisine bruxelloise : « Nous faisons tout pour améliorer la qualité de l’air. »

Le même jour, coïncidence accablante, une étude allemande appuyée sur des données épidémiologiques chinoises, états-uniennes et italiennes concluait qu’une fraction importante des décès du Covid-19 serait préparée par la pollution atmosphérique. En Europe, dans une proportion de près de 20 %.


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