La culture comme priorité…

Imaginons que le gouvernement décide d’un acte fort.

Christophe Kantcheff  • 16 décembre 2020
Partager :
La culture comme priorité…
© Jean-Christophe Milhet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Imaginons. Une pandémie s’abat sur le monde. L’État français se voit dans l’obligation de prendre des mesures pour enrayer la propagation du virus. Des mesures pénibles, qui affectent les libertés individuelles, mais indispensables. Les courbes des infections et des hospitalisations fluctuent, montent, puis redescendent, pas autant que souhaité. Cependant, après un second confinement, le gouvernement, conscient des efforts faits par les Français, qui respectent dans leur immense majorité les gestes barrières, lâche du lest.

Là où on espère pouvoir à nouveau accueillir du public, les protocoles sont peaufinés afin que les mesures sanitaires soient scrupuleusement respectées. Partout les risques de clusters ont été écartés. L’exécutif le sait, qui garde un impératif face au nombre de contaminations encore trop élevé : continuer à contraindre les interactions sociales. Hormis les bars et les restaurants, qui resteront fermés car il est impossible d’y être masqué en permanence, des choix s’offrent malgré tout. Alors le gouvernement décide d’un acte fort.

Dans le pays de Molière et de Marguerite Duras, de Camille Claudel et des frères Lumière, d’Anne Sylvestre et de Pierre Boulez, les lieux d’art et de culture seront les premiers à rouvrir ! Ce n’est pas simplement une question de justice – ils ont été les derniers à être autorisés à reprendre leurs activités au terme du premier confinement, bien après le 11 mai.

Par ce geste, le gouvernement veut aussi affirmer la place prépondérante qu’occupe l’art dans la vie d’une population meurtrie, inquiète, déboussolée. L’art est source de joie et de vibrations sensuelles, mais aussi de catharsis et de questionnements stimulants ; il attise l’esprit critique quand il se fait frondeur, engage le dialogue entre l’intime et l’extérieur, influe sur la perception de soi et des autres, plonge dans l’inconnu pour y découvrir du nouveau, comme disait Baudelaire.

Bref, rien d’inessentiel – c’est le moins qu’on puisse dire : des échappées belles après les horizons bouchés, un besoin existentiel, individuel et collectif, une quête de sens dans une période troublée. Ça tombe bien : les répétitions n’ont pas cessé, les spectacles sont prêts, tous les personnels sont mobilisés, les films attendent en nombre pour éclairer les écrans, les musées et les centres d’art ont dépoussiéré leurs expositions subitement interrompues, les musiciens ont mille tournées en poche et plus de notes encore dans leur tête, ne demandant qu’à être jouées et chantées…

Oui, il suffit d’imaginer pour que tout cela soit réel, pour que la politique retrouve de sa superbe…

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Marine Le Pen ne veut pas de Jordan Bardella à l’Élysée
Parti pris 7 juillet 2026

Marine Le Pen ne veut pas de Jordan Bardella à l’Élysée

En refusant de laisser son dauphin porter les couleurs du parti malgré ses déboires judiciaires, Marine Le Pen révèle une vérité politique longtemps masquée : au moment décisif, le RN demeure organisé autour d’un nom plus que d’un parti. Ce choix pourrait ouvrir une crise dont l’extrême droite ne mesure pas encore les conséquences.
Par Pierre Jacquemain
Marine Le Pen et le piège du bracelet
Parti pris 7 juillet 2026

Marine Le Pen et le piège du bracelet

En permettant l’éligibilité de la cheffe de file du RN, tout en confirmant sa condamnation, la justice place la dirigeante du RN face à ses propres déclarations. Quel que soit son choix, le coût politique s’annonce élevé.
Par Pierre Jacquemain
Le cul-de-sac Roussel
Parti pris 7 juillet 2026

Le cul-de-sac Roussel

Un constat à l’aune du 40e congrès du Parti communiste français, qui a reconduit Fabien Roussel à sa tête : plus la formation politique s’affaiblit électoralement, plus il fait de l’affirmation de son autonomie une fin en soi. L’histoire du communisme français raconte pourtant l’inverse.
Par Pierre Jacquemain
Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe
Réchauffement climatique 30 juin 2026

Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe

La séquence médiatique autour de l’épisode majeur de canicule de juin a dépassé la fiction des films catastrophe. Politiques, journalistes et chroniqueurs ont excellé dans le pire, du déni au mépris des scientifiques.
Par Céline Martelet et Juliette Heinzlef