Libération de Georges Ibrahim Abdallah : la fin d’un scandale d’État

Après 40 ans de détention arbitraire en France, l’activiste libanais pro-palestinien va retrouver la liberté le 25 juillet. Sa libération avait été refusée une première fois par Manuel Valls en 2013, alors qu’il pouvait déjà sortir de prison depuis 1999.

Denis Sieffert  • 17 juillet 2025
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Libération de Georges Ibrahim Abdallah : la fin d’un scandale d’État
Rassemblement pour demander la libération de Georges Ibrahim Abdallah, à Toulouse, le 19 décembre 2024.
© Matthieu RONDEL / AFP

Après 40 ans de prison, l’activiste libanais Georges Ibrahim Abdallah va être libéré le 25 juillet. Ainsi en a décidé la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Paris. Il a été l’objet d’un acharnement politique sans précédent. Libérable depuis 1999, il a été libéré après dix demandes restées vaines. Sa libération avait été décidé une première fois par la justice en 2013, à une condition : que l’homme fasse l’objet d’un arrêté d’expulsion vers le Liban.

Mais le ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls, avait refusé de prendre un arrêté en ce sens. L’opportunisme politique le disputant à la démagogie. Car il était évident que Georges Ibrahim Abdallah ne représentait plus depuis longtemps une menace, si tant est qu’il ait été impliqué dans l’attentat qui lui a valu la condamnation à la prison à perpétuité en 1987. Il avait alors été accusé de complicité dans l’assassinat de diplomates américain et israélien.

Sur le même sujet : Georges Ibrahim Abdallah : Une vengeance d’État

Ce militant chrétien libanais, soupçonné d’être le responsable en Europe des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), un groupuscule marxistes propalestiniens, est arrêté à Lyon en octobre 1984 et placé en détention provisoire. On le soupçonne alors d’être complice des assassinats de deux diplomates, l’Américain Charles Robert Ray et l’Israélien Yacov Barsimantov, tués en 1982 à Paris.

Amalgames

Jugé une première fois en 1986 pour « association de malfaiteurs », « détention d’armes et d’explosifs » et « usage de faux documents », il avait d’abord été condamné à quatre ans de détention. L’année d’après, lors de son procès pour complicité d’assassinats, il écope cette fois-ci de la réclusion criminelle à perpétuité, alors que le parquet avait requis à son encontre une peine « qui ne soit pas supérieure à 10 ans ».

Son interminable détention résulte de la lâcheté des différentes autorités françaises.

Cette extrême sévérité résulte de tous les amalgames entre les époques et les différents activismes propalestiniens. Il appartenait à l’époque dite des fedayins, celle d’Arafat, aux antipodes du terrorisme islamiste. Tous ceux qui le connaissent et qui lui ont rendu visite en prison témoignent d’un intellectuel, remarquable de résilience. Son interminable détention résulte de la lâcheté des différentes autorités françaises, soumises aux intimidations des États-Unis et d’Israël, et à l’influence en France de l’extrême droite. Le droit n’a guère eu son mot à dire dans cette pitoyable affaire.

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