Philippe Portier : « Une inflexion sécuritaire de la laïcité »

Selon le chercheur Philippe Portier, le projet de loi altère en profondeur les principes définis par la loi de 1905 en glissant d’une séparation de l’État et des cultes vers une intrication.

Nadia Sweeny  • 9 décembre 2020 abonné·es
Philippe Portier : « Une inflexion sécuritaire de la laïcité »
© KENZO TRIBOUILLARD / AFP

À la veille du dépôt du texte de loi « confortant les principes républicains » anciennement appelé « loi séparatisme », nous avons interrogé un spécialiste en matière de laïcité et de dialogue entre le religieux et la République : Philippe Portier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), titulaire de la chaire « Histoire et sociologie des laïcités » (1). Pour lui, si l’état du débat actuel s’explique par les changements profonds dans notre société, il constitue tout de même une remise en question de la démocratie constitutionnelle, fondée sur l’acceptation du pluralisme.

Que pensez-vous de ce projet de loi ?

Philippe Portier : Pour le dire rapidement, le projet présenté le 9 décembre, jour symbolique de l’anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, me semble remettre en cause, pour une part non négligeable, la législation laïque issue de la IIIe République. Il introduit une inflexion sécuritaire de la laïcité qui n’était pas dans les gènes de la laïcité originelle.

Le gouvernement veut conditionner l’octroi de subventions publiques d’associations de type loi 1901 ou des fédérations sportives à la signature d’un « contrat d’engagement républicain, à respecter les principes et valeurs de la République ». Comment fait-on respecter des « valeurs » ?

Il faut, en théorie du droit, distinguer trois niveaux : la norme, soit ce que la loi nous permet ou nous interdit de faire, repose sur des principes – par exemple disposer d’une juste défense devant les tribunaux. Ces principes, qui posent des éléments précis d’organisation de la vie sociale, sont eux-mêmes irrigués par des valeurs, qui désignent l’éthique

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