Dossier : Ouïgours en Chine : Alerte génocide

Ouïgours : « Grâce à la mobilisation des citoyens, les choses bougent »

La diaspora joue un rôle essentiel dans la sensibilisation des opinions publiques à la cause ouïgoure pour peser face à la Chine, et dans la préservation de la langue et de la culture.

Dilnur Reyhan est la voix de la résistance ouïgoure en France et en Europe. Pour cette enseignante à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), tous les citoyens européens peuvent agir pour empêcher la disparition de son peuple.

Depuis trois ans, la répression des Ouïgours et des autres minorités musulmanes de l’ouest de la Chine a pris une ampleur sans précédent. Comment en est-on arrivé là ?

Dilnur Reyhan : Ce qui se passe aujourd’hui, c’est l’accélération d’une politique de domination coloniale qui remonte à soixante-dix ans. La domination chinoise au Turkestan oriental [le nom donné par les Ouïgours à leur terre – NDLR] n’a cessé d’être contestée. Il y a eu des révoltes, des manifestations que la Chine a toujours réprimées. Il fallait siniser la population de cette région stratégique, la soumettre à Pékin. Mais l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping marque un tournant. Dans l’ensemble du pays tout d’abord. La Chine est une dictature, un État-parti qui réprime toute contestation, et cette répression s’est accélérée ces dernières années.

Par ailleurs, Xi Jinping est le grand promoteur du concept de « rêve chinois » reposant sur un développement international de la puissance chinoise, notamment par les « nouvelles routes de la soie ». Ce projet gigantesque a épuisé économiquement le pays, qui a investi un peu partout dans le monde. Et la région ouïgoure, parce qu’elle est une porte vers l’Occident via l’Asie centrale, est au cœur de ce projet. Aux yeux de Xi Jinping et du pouvoir chinois, la différence culturelle, ethnique, de cette région est devenue un obstacle à abattre au plus vite. Parce qu’après soixante-dix ans de -colonisation, il n’était pas acceptable que la population ne se soit pas sinisée. La nomination à la tête de la région de Chen Quanguo, l’homme de fer qui a neutralisé le Tibet, n’est pas un hasard. Et, pour lui, c’est une promotion, qui pourrait l’amener aux plus hautes sphères de l’État chinois plus tard.

D’autre part, la Chine est aujourd’hui une grande puissance internationale. Ce pouvoir lui donne un vif sentiment d’impunité. C’est dans ce contexte que la Chine a mis en place des mesures génocidaires. Parce qu’elle le peut. Et qu’elle veut se débarrasser de tout obstacle.

Plusieurs pays commencent à réagir en dénonçant la situation. Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?

Pendant longtemps, le monde est resté indifférent à la répression des Ouïgours. Contrairement à la cause du Tibet, portée par une certaine image des Tibétains, du bouddhisme, et la popularité du dalaï-lama, notre situation n’a pas vraiment été médiatisée en Occident.

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