Un système agro-industriel mortifère

L’écologie est aussi une science, et aucunement un retour en arrière.

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La 5G ou la lampe à huile ? La sortie d’Emmanuel Macron devant les patrons de la « French Tech », nous laissant le choix entre la fuite en avant technique et le retour à la bougie, contribue à geler la pensée des alternatives, comme s’il n’y avait d’autres possibilités que ce choix grossier et simpliste. Malgré la crise profonde et multidimensionnelle d’un capitalisme industriel à bout de souffle, les appels à la croissance continuent. Une « croissance verte et inclusive » bien sûr, mais aucune remise en question du modèle productiviste, alors que seule la décroissance de la production industrielle peut ralentir le désastre écologique en cours.

Prenons le cas de l’agriculture et de l’alimentation. Les promoteurs du système agro-industriel expliquent que la seule manière de nourrir une population mondiale croissante dans le contexte du changement climatique est d’augmenter la productivité agricole. Pour ce faire, ils misent sur les biotechnologies (les OGM), les nanotechnologies, la robotique et le « big data » (l’agriculture « connectée »). Mais, aujourd’hui encore, une grande part de la nourriture dans le monde provient des petites fermes familiales, qui en produisent les trois quarts, utilisant seulement un quart des surfaces cultivées. A contrario, l’agriculture industrielle ne produit qu’un quart de la nourriture sur trois quarts des surfaces cultivées. Elle consomme 80 % des ressources en eau utilisées dans l’agriculture, contre 20 % pour l’agriculture paysanne (1). Par ailleurs, environ un tiers de l’alimentation produite dans le monde finit à la poubelle : pour aller vite, au Nord, du fait de l’inefficience de la chaîne alimentaire industrielle et du gâchis de la consommation, au Sud, à cause de l’insuffisance des infrastructures de stockage et de distribution.

Dans un tel contexte, accroître le rendement de l’agriculture industrielle n’est pas une solution. Au contraire. Lutter contre les causes de cette perte de nourriture permettrait déjà de résoudre, d’un point de vue quantitatif, le problème de la faim dans le monde. Plus structurellement, le système agro-industriel est mortifère pour les humains et la nature : émissions de gaz à effet de serre massives, destruction des sols et de la biodiversité, pollutions multiples, dangers sanitaires, désertification des campagnes… Il s’agit de favoriser l’agriculture paysanne et l’agroécologie, qui reposent sur une vision holistique des agroécosystèmes, mobilisent des pratiques culturales douces, font vivre les campagnes et nourrissent le monde. De plus, l’agroécologie est aussi une discipline scientifique qui bénéficie de notre compréhension plus fine des dynamiques écosystémiques, et aucunement un retour à la lampe à huile.

Affecter ne serait-ce qu’un quart de plus des terres cultivées à l’agroécologie augmenterait là encore considérablement les quantités de nourriture disponibles. Dans cette perspective, la décroissance signifie le passage d’une agriculture industrielle inefficace et destructrice à des systèmes agraires viables, respectueux des êtres humains et de la nature, et non une économie de pénurie, comme voudraient nous le faire croire les idéologues du progrès technique.

(1) ETC Group, Who will feed us ?, 2017, www.etcgroup.org


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