Régionales : La gauche en désordre de bataille

Sauf exception, la gauche peine une fois de plus à se rassembler dans un contexte où les rapprochements à droite se multiplient, avec le RN en embuscade. Mais l’ombre de 2022 pèse déjà sur le scrutin régional.

Auvergne-Rhône-Alpes

Des rassemblements parcellaires

Quelle stratégie pour battre Laurent Wauquiez ? Cette question anime les discussions des gauches et des écologistes locaux depuis plusieurs mois. Le PS, qui dirigeait l’Auvergne et Rhône-Alpes depuis 2004 avant leur fusion en 2015, cherche un accord de rassemblement pour faire basculer la région, la deuxième plus peuplée de France ; si Najat Vallaud-Belkacem est pressentie pour conduire sa liste, le parti n’en fait pas une condition. Forts de leurs résultats aux municipales, avec notamment la conquête de Lyon et de sa métropole, les écologistes d’EELV ont désigné Fabienne Grebert, conseillère régionale originaire de Haute-Savoie, pour rassembler les formations du Pôle écologiste, avec Génération·s, autour d’un appel signé par quelque 4 000 personnes. Et engagé des discussions avec l’ensemble des partis de gauche avant de laisser les signataires de son appel décider, lors d’une convention prévue le 20 février après avoir été plusieurs fois reportée, du choix final entre une liste d’union (avec qui ?) et une liste autonome. Le PCF, qui tenait sa conférence régionale dimanche 7 février, penche pour une liste avec La France insoumise, conduite par Cécile Cukierman, sénatrice communiste de la Loire et conseillère régionale, avec une répartition à parité politique des têtes de liste départementales. Cette hypothèse, qui a obtenu 55 voix contre 19 en faveur d’une alliance avec le PS et 12 pour une liste PCF autonome, doit encore recueillir l’assentiment des militants communistes lors d’un vote en section, fin février. « Il faudra se retrouver au second tour, prophétise Fabienne Grebert, et toutes les discussions qu’on aura eues n’auront pas été inutiles. »

Bourgogne-Franche-Comté

La socialiste hésite, les autres se précipitent

Elle serait pourtant en bonne position pour l’emporter, mais elle fait durer le suspense. Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté depuis 2015 – où elle l’avait emporté de peu au terme d’une triangulaire face à François Sauvadet (LR) et Sophie Montel (RN) – ne semble pas prête à se déclarer candidate à sa réélection. « Je chemine parce qu’il faut que les conditions soient bonnes », expliquait la socialiste, fin janvier, à la locale de France 3. Mais, à trop attendre, les conditions se détériorent. La droite, certes divisée, fourbit ses armes : depuis le mois de septembre 2020, le candidat Les Républicains, Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône, mène campagne. Il en va de même au Rassemblement national, où Julien Odoul – qui avait humilié une femme voilée venue assister à une séance du conseil régional en 2019 – profite de sa réputation nationale pour mettre en lumière sa candidature. Si l’UDI, Agir et le MoDem hésitent encore à faire cavalier seul ou à se rallier – qui à la gauche, qui à la droite –, la multiplication des candidatures n’augure rien de bon pour Marie-Guite Dufay, qui dirige la région avec une majorité composée de socialistes, mais aussi de macronistes et de deux membres de la Gauche républicaine et socialiste (GRS). Et bien qu’elle bénéficie d’une opinion favorable de la population – 62 % des sondés sont satisfaits de son mandat (1) – elle devra tempérer les ardeurs de Stéphanie Modde et Pascal Blain, chef·fes de file EELV d’une candidature autonome, et celles de Séverine Véziès et Arnaud Guvenatam, investi·es par La France insoumise pour conduite une liste de « fédération populaire ».

(1) Enquête OpinionWay pour Les Échos (28 janvier).

Bretagne

Le rendez-vous manqué de la gauche et de ­l’écologie

Il s’en est fallu de peu. L’annonce du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le 24 janvier, de ne pas briguer la présidence de la région avait pourtant de quoi ravir les candidat·es : quand la statue du Commandeur s’efface, il est possible de se faire une place. Présidée depuis 2017 par le socialiste Loïg Chesnais-Girard, la région est gérée par une majorité composée de socialistes, de communistes, de régionalistes, de macronistes, de radicaux et d’« écologistes maison ». Mais sans le moindre élu EELV, Le Drian ayant refusé en 2015 toute fusion avec leur liste (6,7 %) entre les deux tours. Déterminés à prendre une revanche, les Verts présentent à nouveau une liste autonome portée par Claire Desmares-Poirrier, qui, après plusieurs semaines de discussions, a éconduit La France insoumise. « C’est avec déception que nous avons appris [jeudi 4 février], suite à une réunion de discussion avec EELV, que ce parti nous fermait la porte pour l’élection régionale de juin prochain », a déploré dans un communiqué le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Raison officielle ? Un désaccord de fond sur le fédéralisme. Raison officieuse ? Un accord avec LFI, qui poursuit ses discussions avec le PCF et Génération·s, aurait empêché les écologistes de s’allier au soir du premier tour à Loïg Chesnais-Girard.

Centre-Val de Loire

Socialistes vs écologistes

L’alerte de 2015 n’a pas suffi. À l’époque, la désunion des partis de gauche avait permis au candidat du Front national, Philippe Loiseau, de se hisser en tête du premier tour, avec 30,48 % des voix contre 26,25 % pour le candidat UDI, Philippe Vigier, et seulement 24,3 % pour le président socialiste sortant, François Bonneau. Si la liste de ce dernier l’a finalement emporté, avec seulement 9 000 voix d’avance sur la liste de droite au terme d’une triangulaire à suspense, l’âpreté du combat ne semble pas être restée dans les mémoires. Depuis le mois de novembre, François Bonneau et son vice-président chargé de la transition écologique, Charles Fournier (EELV), tous deux candidats, ne parviennent pas à trouver un accord. De son côté, La France insoumise a investi Karin Fischer, professeure à l’université d’Orléans, et Aymeric Compain, ex-élu municipal d’opposition à Châteauroux. Le RN, qui ne serait pas contre réitérer l’expérience de 2015, a d’ores et déjà désigné son candidat en la personne d’Aleksandar Nikolic. À droite, les candidatures se font encore attendre. Chez les Républicains, Nicolas Forissier, député de l’Indre depuis 1993, tient la corde. Dans le camp macronien, il est question d’investir Marc Fesneau, ministre (MoDem) chargé des Relations avec le Parlement.

Corse

La gauche hors des radars

La coalition nationaliste est hégémonique à l’Assemblée territoriale corse, malgré de fortes dissensions entre ses trois composantes (Femu a Corsica, le PNC et Corsica Libera), apparues au fil du mandat. L’approche du scrutin semble réchauffer les relations, rendant désormais probable une réédition de sa victoire historique de 2015, renforcée deux ans plus tard lors d’un nouveau scrutin, rendu nécessaire par la fusion entre la région et les départements de l’île. Son principal adversaire devrait être le maire LR d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, car la gauche n’en finit pas de sombrer depuis 2014 et a quasiment disparu des radars aux élections municipales. Sans leader, siphonnés par les nationalistes, ni le PRG, ni le PS, ni EELV n’étaient parvenus à se présenter aux élections territoriales de 2017. Et le PCF – qui a perdu son allié de quarante ans avec la fin de l’accord avec le PRG – ne dépassait pas 6,7 % des voix. Pour l’heure, aucune candidature de gauche n’émerge pour le futur scrutin. Dans cette région qui dispose de pouvoirs étendus, l’enjeu sera notamment le niveau de participation (à peine 50 % en 2017), tandis que les nationalistes haussent le ton contre le pouvoir central, notamment sur la gestion du plan de relance. « S’il faut construire un rapport de force avec l’État, y compris par des moyens qui ne se limitent pas à l’action institutionnelle, on sait d’où l’on vient et ce que nous sommes capables de faire », a dégoupillé le président du conseil exécutif, Gilles Simeoni (Femu a Corsica), le 26 janvier lors d’une conférence de presse.

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