Privatisation d’EDF : les manœuvres s’intensifient

Le gouvernement va tenter de passer outre l’opposition unanime au projet « Hercule » de démantèlement d’EDF.

Politis  • 14 avril 2021
Partager :
Privatisation d’EDF : les manœuvres s’intensifient
© Philippe LOPEZ / AFP

Le gouvernement manipule avec une infinie précaution le fameux projet « Hercule » de démantèlement d’EDF, pour tenter de passer outre l’opposition unanime des syndicats, le risque de référendum d’initiative partagée au Parlement, la pression de Bruxelles et l’affichage détestable que ce dossier risque de lui coûter en pleine période électorale. Une pseudo « note blanche » a été transmise aux syndicats le 9 avril, après dix-huit mois de silence radio, et les réunions se multiplient au ministère de l’Économie et de l’Environnement comme à la Commission européenne, sans que le secret sur le projet ne soit pour autant levé. Ces gesticulations laissent l’intersyndicale CGT, CFE-CGC, CFDT et FO « sidérée » par « l’inconsistance du projet gouvernemental » et la « vacuité » du document transmis. Elles lui font également redouter que l’exécutif se réserve l’effet de surprise pour la dernière minute, par exemple par voie d’amendement durant les débats parlementaires prévus l’été prochain, dans l’espoir d’enjamber la mobilisation qui s’installe depuis le mois de novembre.

Les syndicats ont également appris le 7 avril que Bercy prévoyait un chèque de 10 milliards d’euros pour racheter les 16,3 % d’EDF détenus aujourd’hui par des actionnaires privés. Une opération nécessaire pour préparer le redécoupage ultérieur du groupe en trois parties, ainsi que la privatisation partielle des activités rentables que sont les énergies renouvelables et la filiale distribution du groupe, Enedis. Dix milliards d’euros, c’est près du double de ce que valent ces actions en Bourse actuellement. La perspective d’être payé double a semble-t-il émoustillé « les marchés », le 7 avril, et fait bondir de 10 % le cours d’EDF en une journée. Bruno Le Maire a également affirmé devant les syndicats que la partie rentable du groupe, « EDF vert », ne serait privatisée qu’à hauteur de 25 %. Mais tous ont en mémoire les privatisations de GDF ou des autoroutes qui avaient, elles aussi, commencé par des ouvertures partielles de capital.

Économie
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »
Entretien 20 février 2026 abonné·es

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »

L’historien Anthony Hamon décrit l’évolution des syndicats agricoles en France, et la façon dont la politique française vante les mérites d’un monde agricole unifié qui occulte ses disparités sociales.
Par Vanina Delmas
Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
La révolution sera paysanne
Reportage 18 février 2026 abonné·es

La révolution sera paysanne

Face à la numérisation qui renforce toujours plus la dépendance des agriculteurs et agricultrices à l’industrie et aux banques, la coopérative L’Atelier Paysan propose des formations pour fabriquer des machines et outils low-tech. Et forger sa culture politique.  
Par Vanina Delmas
Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie
Décryptage 18 février 2026 abonné·es

Derrière la « ferme France »,  la volonté d’asphyxier la paysannerie

Alors que la « ferme France » à tendance industrielle du président Macron irrigue les discours du gouvernement dès qu’il faut reconquérir le cœur des agriculteurs et agricultrices, nombreux sont celles et ceux qui s’en sentent exclu·es, qui pratiquent et défendent la paysannerie, pourtant solution d’avenir.
Par Vanina Delmas