Sahara occidental : Le Maroc utilise les migrants pour se venger

Le Royaume reproche à l’Espagne d’accueillir pour raisons de santé le chef du Front Polisario.

Politis  • 26 mai 2021
Partager :
Sahara occidental : Le Maroc utilise les migrants pour se venger
© MARCOS MORENO / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Certains étaient en maillot de bain. D’autres en T-shirt, trempés. Ce sont surtout des hommes jeunes, dont au moins un quart de mineurs. La plupart marocains, mais aussi originaires d’Afrique subsaharienne. Plus de 8 000 auraient franchi illégalement – beaucoup à la nage – la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta, qui fait face à Gibraltar. Pénétrant ainsi… dans l’Union européenne.

Tout comme la Turquie d’Erdogan et la Libye post-Kadhafi l’ont déjà fait ces dernières années, Rabat a « ouvert les vannes » depuis le 17 mai, laissant ainsi « déferler » des milliers de migrants vers le territoire espagnol. Objet de son mécontentement ? L’accueil pour raisons de santé dans un hôpital du nord de l’Espagne de Brahim Ghali, président de la République arabe sahraouie démocratique en exil (RASD) et chef du Front Polisario, le mouvement luttant contre la colonisation marocaine depuis 1975 de l’ex-colonie espagnole.

Madrid a immédiatement envoyé des forces de sécurité supplémentaires dans ses deux enclaves, permettant de « renvoyer » tout de suite 4 000 de ces migrants en territoire marocain. L’accueil « sanitaire » en Espagne du chef du Polisario intervient suite à des mois de tensions avec le Maroc et à la rupture du cessez-le-feu en novembre, après que le Maroc a tenté d’imposer par la force un point de passage vers la Mauritanie, sous contrôle sahraoui selon les accords de cessez-le-feu de 1991, signés sous l’égide de l’ONU. Le Maroc continue ainsi de vouloir passer en force. À l’encontre du droit international. Et dans une pure logique coloniale.

Monde
Temps de lecture : 1 minute
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité
Reportage 13 mai 2026 abonné·es

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité

Au moment de l’invasion russe en Ukraine, nombre de familles ont trouvé accueil et protection chez le voisin polonais. Quatre ans après, la situation a changé. Les aides sociales ont été supprimées, les violences sont en hausse, les discours xénophobes et la haine en ligne progressent
Par Maël Galisson
À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population
Monde 7 mai 2026 abonné·es

À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population

Dans l’archipel tunisien, les contrôles de la garde nationale pour empêcher l’émigration clandestine se sont intensifiés depuis 2017. Un dispositif sécuritaire qui entrave la liberté de circuler des habitants et complique les conditions de travail des pêcheurs, déjà dégradées par la pêche illégale.
Par Nadia Addezio
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »

Journalistes, personnes LGBTQ+, femmes, enfants : des Afghan·es menacé·es par les talibans témoignent de leur abandon par la France.
Par Ana Pich