Sleeping Giants : Couper les vivres aux vecteurs de haine

Les militants de Sleeping Giants interpellent les entreprises qui diffusent leurs publicités dans des organes proches de l’extrême droite, en jouant sur leur image de marque.

B onjour LEGO Group, avez-vous vu votre publicité sur le site de Valeurs actuelles_ ? Savez-vous que ce média, déserté par les annonceurs, a été condamné pour provocation à la haine raciale et qu’un autre procès est en cours ? Sûrement pas des “valeurs” à inculquer aux enfants… »_ Les messages postés sur les réseaux sociaux par les -Sleeping Giants – « les Géants endormis » – sont tous construits sur ce modèle interrogatif. Avec un ton bienveillant mais très explicite, ce collectif citoyen de lutte contre les discours de haine alerte chaque entreprise dont la publicité apparaît sur des médias vecteurs de tels discours.

Car, sur Internet, les annonceurs achètent à des régies des espaces publicitaires par volume, sans savoir exactement où va atterrir leur réclame et à quel contenu elle sera associée. Une fois avertie, l’entreprise est donc invitée à se positionner et, par conséquent, à assumer d’être sciemment associée au contenu ou à décider de s’en écarter. L’immense majorité choisit la seconde option. Progressivement, les médias visés se vident de leurs annonceurs et se voient donc privés d’une manne financière.

Nés aux États-Unis dans la foulée de l’élection de Donald Trump, les Sleeping Giants – collectif « bénévole, anonyme et informel » selon Daniel, l’un des cofondateurs de la branche française, ouverte en 2017 – se vantent d’avoir fait déserter 1 700 annonceurs de sites et de chaînes TV véhiculant des « discours de haine, xénophobes, misogynes ou homophobes qui ont fleuri dès l’élection de Donald Trump ». Leur première cible : Breitbart News, chaîne d’extrême droite dirigée par Steve Bannon, conseiller stratégique du président Trump. Kellogg’s annonce son retrait, de même que BMW, le gouvernement canadien… La campagne est un succès.

En France, le collectif s’attaque principalement à Boulevard Voltaire, France Soir, Paris Première – la chaîne accueillant Éric Zemmour –, CNews et, en 2019, à l’hebdomadaire Valeurs actuelles, condamné pour incitation à la haine envers les Roms.D’après le magazine Capital, le journal d’extrême droite a perdu près de 60 annonceurs, dont une quarantaine assument publiquement leur départ : Coca-Cola, But, Carrefour, Lidl, Asus, PSA Banque, etc. Une « campagne de sabotage industriel », dénonce l’hebdo, qui tente de faire contre-feu avec un éphémère « mur de la honte » publié sur le Web, sur lequel il épingle les marques qui le fuient. Sans succès. Les désertions continuent.

Contrecoup de pub

Aux côtés de la chaîne CNews, Valeurs actuelles annonce avoir porté plainte contre les Sleeping Giants, via un courrier transmis le 4 juin au procureur de la République. Plus d’un mois après, le parquet de Paris dit n’en avoir aucune trace. Serait-ce une dérisoire tentative de contrecoup de pub ? Le journal prétend pourtant y dénoncer « des faits de discrimination, à raison des opinions politiques, et de nature à entraver l’exercice normal d’une activité économique ». 

Les discours de haine sont-ils des opinions politiques comme les autres ? En 1997, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe (1) les a définis ainsi : « toutes formes d’expression qui propagent, incitent à, promeuvent ou justifient la haine raciale, la xénophobie, l’antisémitisme ou d’autres formes de haine fondées sur l’intolérance, y compris l’intolérance qui s’exprime sous forme de nationalisme agressif et d’ethno-centrisme, de discrimination et d’hostilité à l’encontre des minorités, des immigrés et des personnes issues de l’immigration ». Difficile de ne pas y déceler la ligne éditoriale de Valeurs actuelles, illustrée par ses unes aux titres éloquents : « Naturalisés : l’invasion qu’on cache », « La conquête islamique », « L’invasion des mosquées », « Roms : l’overdose »(2), etc. En 2004, le même Comité des ministres du Conseil de l’Europe (3) rappelle encore que ces opinions ne relèvent pas de la liberté du discours politique…

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