La France des arrosés

Le Figaro et son supplément hebdomadaire, Le Figaro Magazine, dissertent sur « l’avènement d’une société sous assistance permanente ».

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Ce week-end, j’avoue : j’ai lu Le Figaro et son supplément hebdomadaire, Le Figaro Magazine (1) – dont la couverture présentait une grotesque dissertation réactionnaire comme une « enquête » sur la « mainmise culturelle » de la « gauche » sur France Inter et France Télévisions.

J’ai trouvé que cette lecture était intéressante – non pour elle-même, évidemment, mais parce qu’elle permet de vérifier que la tartuferie décomplexée se porte plutôt bien ces temps-ci, merci pour elle.

L’auteur de l’éditorial du Figaro – un certain Gaëtan de Capèle, directeur adjoint de la rédaction – explique ainsi que le chèque de 100 euros dont Jean Castex a annoncé, la semaine dernière, l’envoi à 38 millions de Français·es gagnant moins de 2 000 euros par mois « consacre l’avènement d’une société sous assistance permanente ». Comme en écho, Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine, dénonçant aussi cette « tentation de l’arrosage », écrit quant à lui que, « dans un pays qui a augmenté sa dette publique de 300 milliards d’euros en un an », cette « politique du chéquier est irresponsable ».

Rien n’est nouveau, dans cette logorrhée : en 2011, déjà, Le Figaro Magazine, racheté par le groupe industriel dirigé par feu Serge Dassault, manquait de mots assez brutaux pour dénoncer « la France des assistés ». Par la suite, son nouveau propriétaire n’a cessé de brailler qu’il fallait « couper toutes les aides » sociales.

Capèle et Roquette s’inscrivent donc dans une déjà longue tradition lorsqu’ils fustigent un État selon eux beaucoup trop dépensier. De même, ils respectent scrupuleusement la double nécessité, pour qui se pique de dénoncer l’« assistanat » dans les pages du journal du groupe Dassault, de taire d’abord, et d’une part, que l’un des principaux bénéficiaires de cet « arrosage » est le groupe Dassault, qui, depuis son origine, a été continuellement gavé par l’État de véritables fortunes, en francs puis en euros. Et de passer sous silence, ensuite, et d’autre part, que son Figaro, où officient donc MM. Capèle et Roquette, bénéficie tous les ans d’une perfusion de plusieurs millions d’euros au titre des aides publiques à la presse.

Cette manne étatique permet à ce digne journal d’instituer aux frais des contribuables un pluralisme qui a ceci de très particulier que la gauche sans guillemets y est non grata – puis, donc, de vouer aux gémonies cet « audiovisuel public » qui selon lui ne s’ouvre pas suffisamment à la droite : c’est audacieux mais, après tout, jamais leurs bailleurs de fonds gouvernementaux n’ont exigé de ces arrosés qu’ils renoncent aux énormités.

(1) Où officiait, avant de prendre un congé sans solde pour battre sa campagne présidentielle, l’agitateur d’extrême droite qui estime que Pétain a « sauvé » les Juifs français en les persécutant, et dont Le Monde a récemment révélé, sans que cela ne trouble grand monde, qu’il avait, en 2020, partagé un repas avec un hôte selon lequel les chambres à gaz sont un « point de détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu’avec la fille du ministre des Affaires étrangères d’Adolf Hitler.


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