Pour que l’éducation soit vraiment une priorité…

Dans le primaire, la dépense de la France est 20 % moins élevée que celle de la moyenne des pays de l’OCDE.

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Le système éducatif français est largement sous-financé. Les besoins sont immenses depuis un an et demi, dans un contexte où les inégalités d’accès à l’éducation ont été criantes durant la crise sanitaire. Le sous-investissement est particulièrement important dans l’enseignement primaire, où la dépense de la France est 20 % moins élevée que celle de la moyenne des pays de l’OCDE. Même si le nombre d’élèves diminue dans le premier degré, le dédoublement des classes dans les établissements publics prioritaires a demandé la création de postes supplémentaires. Cependant, cela s’est fait à moyens constants, puisque le ministère de l’Éducation nationale a supprimé en parallèle 1 800 emplois dans le second degré public à la rentrée 2021, et que cette baisse se poursuivra en 2022.

Les revalorisations salariales restent insuffisantes, le point d’indice des agents publics est gelé depuis 2010, exception faite de l’année 2016, ce qui a entraîné une forte baisse du pouvoir d’achat des enseignants. Depuis quarante ans, leur salaire relatif a diminué, au point qu’un enseignant en début de carrière percevait en 1980 un salaire équivalent à 2,3 Smic contre 1,2 fois le Smic aujourd’hui. Les enseignants ont donc connu en quelques décennies un déclassement salarial que le Grenelle de l’éducation sera loin de combler. D’autres personnels de l’Éducation nationale souffrent de très faibles rémunérations, avec une durée du travail à temps partiel ; c’est le cas notamment des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), qui se sont récemment mis en grève pour réclamer de meilleures conditions de travail.

En parallèle, le ministère a annoncé dans son budget 2022 une hausse de la contribution de l’État au budget de l’enseignement privé. Près de 12 milliards d’euros, c’est la somme qu’allouent l’État et les collectivités territoriales aux établissements privés d’enseignement primaire et secondaire (pour les frais de fonctionnement et la rémunération du personnel). Ces écoles contribuent pourtant pleinement à la ségrégation scolaire en recrutant principalement des enfants de familles aisées, tandis qu’elles accueillent moins d’élèves handicapés ou en grande difficulté scolaire. Les études montrent que plus la richesse des quartiers est importante, plus l’implantation d’établissements d’enseignement privés y est élevée. Ces établissements, contrairement au public, ne sont pas soumis au respect de la carte scolaire, permettant à certaines familles des stratégies d’évitement scolaire. Certains établissements parisiens du premier degré exigent des frais de scolarité de près de 2 000 euros, sans compter les frais annexes.

Le budget de l’Éducation nationale est donc loin d’être à la hauteur des besoins éducatifs, particulièrement en cette période de crise sanitaire. Le service public de l’éducation a plus que jamais besoin d’un plan d’investissement massif pour que l’éducation soit « vraiment » une priorité.

Par Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés.


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