Autonomie contre souveraineté industrielle

Notre autonomie industrielle passe par une désindustrialisation des modes de production.

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Les récents appels à la réindustrialisation, à la renaissance ou au redressement industriels de la France ont en commun de se focaliser sur la nécessité pour la France de retrouver sa « souveraineté industrielle » perdue au fur et à mesure de la globalisation et de la financiarisation des grandes entreprises. Cette nécessité est partagée par un large spectre politique ; à droite au nom d’une puissance nationale, à gauche au nom de l’emploi et des revenus. Des économistes libéraux (1) ont investi depuis peu la question industrielle en tentant de ne jamais verser dans un quelconque protectionnisme, tabou absolu des partisans du « big one market ». La souveraineté industrielle se définit comme une moindre vulnérabilité, qui dépend du nombre de fournisseurs dont nous dépendons dans le monde. Selon ses partisans, retrouver une souveraineté industrielle, c’est inciter les entreprises à diversifier leurs sources d’approvisionnement ou à faire des stocks. Or cela complique encore plus la chaîne de production et la logistique afférente, cause première de la vulnérabilité. En outre, cette recommandation ne répond en rien à la question de la dépendance des habitants français vis-à-vis des biens de consommation importés.

L’autre arme de la réindustrialisation brandie par ces économistes libéraux est l’innovation technologique. Reprenant l’idée chère à Schumpeter de « destruction créatrice », la souveraineté industrielle consiste alors à faire émerger des champions technologiques nationaux. Ces champions doivent être aptes à piloter depuis la France l’ensemble des chaînes de production, par la maîtrise de l’amont avec la conception et la recherche et développement (Apple) ou de l’aval avec la distribution et la vente (Amazon). C’est ce principe qui gouverne la politique industrielle du gouvernement. Mais, là encore, il ne s’agit nullement de retrouver la maîtrise sur la production, toujours mondialisée. Seulement de positionner des entreprises françaises sur le segment dominant de la chaîne de production captant le plus de valeur ajoutée. Cette souveraineté industrielle n’est donc ni sociale ni écologique.

Notre autonomie industrielle passe par une désindustrialisation des modes de production. Réduire, pour relocaliser, toute la chaîne de production des biens matériels. Cette réduction-relocalisation limite nécessairement la fragmentation des collectifs de travail, la consommation d’énergie (en particulier liée aux transports et au numérique) et l’emprise de la logistique et du management sur le travail, qui sont l’autre nom de la réification des travailleurs. La question industrielle est essentielle à la bifurcation écologique et sociale. Elle n’est pas seulement une question économique en termes de valeur ajoutée, d’emplois et de revenus. Nous devons savoir en même temps comment produire et quoi produire. Cette question demande, pour être résolue, l’alliance nouvelle des travailleurs et des savoirs techniques et technologiques des ingénieurs et des artisans pour concevoir des chaînes de production plus locales, gouvernables par des instances démocratiques sur le territoire national.

(1) Xavier Jaravel et Isabelle Méjean, « Quelle stratégie de résilience dans la mondialisation ? », Notes du Conseil d’analyse économique, no 64, avril 2021.


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