Dossier : Empires médiatiques : Main basse sur l'opinion

L’Écho des Cévennes : « Le pélou dans le caleçon du notable »

Qu’ils soient nationaux ou locaux, professionnels ou semi-amateurs, les médias libres existent. Ce Petit journal de l’extrême sud de l’Ardèche, fondé en 1985, est disponible dans une douzaine de points de ventes. Verbatim.

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On a sorti le premier numéro le 1er mars 1985, tiré à 400 exemplaires. On en imprime aujourd’hui un peu plus de 600, pour éviter de payer trop de frais d’invendus. Une dizaine de personnes avaient décidé de lancer un petit journal d’informations pour le sud de l’Ardèche. Toujours prêtes à dénoncer ce qui nous semble scandaleux dans la région. Aujourd’hui, nous sommes encore sept ou huit, la plupart retraités, toujours bénévoles. On paye l’imprimeur et on dédommage la maquettiste, c’est tout ! On paraît chaque saison, en déposant les exemplaires nous-mêmes dans les maisons de la presse qui veulent bien nous prendre en dépôt-vente…

On se réunit à peu près tous les quinze jours : on mange ensemble, avec un petit verre de vin du pays, et puis on discute, chacun amenant ses sujets à partir des infos qu’il a recueillies dans le coin. On a toujours eu un dessinateur – dont, à une époque, le jeune Aurel, né ici, qui aujourd’hui dessine chez vous ou dans Le Canard enchaîné. On est tous super fiers de sa réussite !

On n’a jamais eu de ligne politique proprement dite, mais la mouvance dont on serait les plus proches est la Confédération paysanne. Même s’il y a eu des gens du PCF, des écolos et d’autres partis, toujours à gauche. Ce qui a entraîné parfois de belles engueulades, comme sur la chasse ou la présence du loup… Mais ce qui nous motive tous, c’est de soutenir les mouvements sociaux, comme ceux des chauffeurs routiers de Mazet, une grosse entreprise de transport d’Aubenas, ou les luttes contre la privatisation de l’eau ou la spéculation immobilière, avec toutes les piscines et les résidences secondaires dans le coin. Ou bien de parler de l’empire de notre riche et célèbre voisin, Pierre Rabhi, certes décédé ces jours-ci, très populaire dans les médias pour ses discours sur l’agro­écologie, mais qui a acheté beaucoup de terres ici et est plutôt vu comme une sorte de gourou.

C’est pourquoi la plupart de nos articles ne sont pas signés (ou sous pseudo). Car, comme tout le monde se connaît ici, les pressions sur les rédacteurs, pouvant leur faire perdre leur boulot ou les blacklister dans les administrations, sont faciles à exercer. Mais on arrive quand même à faire pas mal de ramdam avec notre petit journal, qui compte plus de 2 500 lecteurs par numéro.

Propos recueillis par Olivier Doubre

NB : Le sous-titre annonce la couleur : être « le pélou » (en occitan, la bogue piquante entourant les châtaignes) dans « le caleçon du notable »…


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