Politiser la cause animale

Il y a là tout un immense univers à explorer et à s’approprier à gauche.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Si tu as déjà répondu – comme je l’espère – à notre enquête de lectorat sur politis.fr, tu auras sans doute remarqué qu’il y manque cette question : « Trouvez-vous que le meilleur hebdo de gauche de France and in Navarre (MHDGDF_AI_N) devrait, précisément parce qu’il est le MHDGDF_AI_N, parler plus souvent de l’important sujet de l’antispécisme, et en particulier de l’absolue nécessité, pour sauver une planète et des milliards d’êtres sensibles, de ne plus consommer de viande ni de poisson ? »

Ce n’est certes pas comme si Politis ne l’avait jamais abordé, mais il y a là tout un immense univers à explorer et à s’approprier – pour se rallier à l’évidence que nous devons, collectivement et urgemment, rompre, par exemple, avec l’odieuse tradition consistant à tuer d’autres animaux (1) pour les manger.

Les éditions Rivages, grâce leur en soit rendue, viennent ainsi de publier une nouvelle édition de l’indispensable – mais très abordable et accessible (2) – Manifeste animaliste (3) de la philosophe Corine Pelluchon, initialement paru en 2017 et augmenté ici d’une puissante postface que je vais maintenant citer un peu longuement, dans laquelle cette inlassable combattante de la cause animale redit les multiples raisons, toutes excellentes, pour lesquelles cette dernière « est l’un des chapitres essentiels de l’âge du vivant qui pourrait advenir et qui associe l’écologie, qui est la sagesse de notre habitation de la Terre et de la cohabitation avec les autres, le souci de la justice et le désir de se réapproprier son existence, afin de vivre mieux avec et pour les autres dans des institutions justes ». Soit, à bien y regarder, une assez juste définition de ce que pourrait être une gauche enfin rendue à elle-même, dans un horizon élargi.

Corine Pelluchon ajoute : « Cette cause est radicale, parce qu’elle suppose d’aller au plus profond de soi pour arracher, comme on le ferait d’une écharde dans la chair, les préjugés et représentations erronées qui justifient l’exploitation des animaux et tout rapport de domination à l’égard de la nature et des autres. […] Mais elle n’est pas violente, parce qu’elle est l’expression du Schème de la considération, lequel implique de regarder chaque être en reconnaissant sa valeur propre, sans le réifier ni céder à une éthique de l’indistinction qui nierait toute différence entre les vivants. »

Et voilà qui r(é)assure, car rien n’est plus rassérénant et stimulant, par ces temps de grande épouvante où des crieurs de haine peuvent impunément prêcher la guerre totale contre tout·e « autre », que de se laisser rappeler aux vertus radicalement politiques (et de fait révolutionnaires) de l’attention portée à autrui, de la bienveillance, de la vigilance, et bien sûr de la morale – ce mot magnifique dont les droites voudraient faire une injure.

Très bonne fin d’année à tou·tes !

(1) Fût-ce « gentiment », et après les avoir élevés « avec amour » – mais à la seule et unique fin, tout de même, de les passer finalement à l’équarrisseur.

(2) Dans tous les sens de ces deux termes.

(3) Corine Pelluchon, Manifeste animaliste. Politiser la cause animale, Rivages, 2021.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.