Des « oh » et des « ah » : récit de soirée électorale

Loin des plateaux de télévision, Politis a mobilisé ses journalistes au soir du premier tour et investi plusieurs QG de campagne à Paris. Entre espoirs et déceptions, récit d’une soirée forcément particulière à hauteur de militant.

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18h15 - Pavillon Chesnaie du Roy - QG RN

Porte close pour notre reporter. Impossible d’accéder sans accréditation, pourtant réclamée une semaine plus tôt. Des journalistes de « Touche pas à mon poste » entrent, arguant de figurer sur la liste VIP. Liste dont même les membres de la campagne à l’entrée ne connaissent pas l’existence. Tant pis, ciao aux tenues de soirée et cheveux wavy des militant·es. Direction le QG d’Éric Zemmour.

18h40 - Parc des expositions porte de Versailles - QG LREM

Les militant·es d’En marche arrivent doucement. Le pavillon 6 qui les accueille est « glacial » d’après notre envoyé sur place. Les écharpes et les vestes sont de mise. Vestes de costume pour la plupart.

19 h - Cirque d’hiver - QG LFI

Les militants et sympathisants arrivent dans et devant le QG de Jean-Luc Mélenchon. Pas de champagne à disposition, alors c’est vin rouge et blanc à l’intérieur et bière à l’extérieur. Beaucoup, beaucoup de bières à l’extérieur. Sur la place, on patiente et sympathise, on allume et rallume des clopes, on vide et remplit les gobelets en plastique.

19h05 - Le Poinçon - QG PS

Chez Hidalgo, c’est beau. Et c’est vide. Les journalistes tournent en rond et cherchent à interroger des militants qui se trouvent régulièrement être… des confrères.

19h46 - La Mutualité - QG Reconquête

Notre journaliste est (cette fois-ci) entrée au QG de Zemmour : un peu de monde, beaucoup de jeunes. Des tenues moins guindées que chez Le Pen, on se croirait presque chez les macronistes. Presque. Le ménage a été fait d’après les premières observations. Pas de néonazis à l’horizon et les militants connus pour des faits de violence sont en costard.

19h48 - Le Poinçon - QG PS

Chez Hidalgo, pas besoin d’attendre les résultats. Le nom de la candidate est d’ores et déjà éclipsé dans les discussions par les « Le Pen » et les « Macron ».

20 h - Cirque d’Hiver - QG LFI

3e place. À l’intérieur, la déception se lit sur les visages et certains militants ne retiennent plus leurs larmes (lien). Dehors les commentaires vont bon train, les têtes sont prises entre les mains : « Quand est-ce qu’on va y arriver putain ? »

20 h - La Mutualité - QG Reconquête

Chez Zemmour, les militants viennent instinctivement cacher les expressions de stupeur qui se dessinent sur les visages. Ici aussi, il y a des larmes à essuyer. Selon notre journaliste, on assiste à « l’explosion de la bulle médiatique en live ».

20 h - Parc des expositions porte de Versailles - QG LREM

« Ouf. » Les militants marcheurs se montrent soulagés du score élevé de leur candidat et de l’écart plus important que prévu avec Marine Le Pen. Un soulagement modéré, bien loin d’une scène de liesse. Des rares « Et 1, et 2, et 5 ans de plus ». Et puis le silence. Pas même une « Marseillaise ».

20 h - Place du Colonel Fabien - QG PC

Ni applaudissements, ni grimaces catastrophées face au score de Roussel. Tout le monde s’y attendait plus ou moins. Tout le monde, si tant est qu’il y en est. Le QG laisse peu de place aux militants. Dans la salle, des badges aux lanières orange – pour les journalistes – et bleues – pour les membres du staff. Le seul réel sujet ce soir, ce sont les législatives. À l’issue du premier tour, la si problématique alliance avec LFI se transforme en nécessité du côté des élus et militants.

20 h - La Bellevilloise - QG EELV

La déception ici aussi se lit sur les visages des élus. Beaucoup moins sur ceux des militants. L’ambiance un peu morose finit par se détendre.

20h03 - Le Poinçon - QG PS

Lourd silence. Puis quelques « oh », quelques « ah ». Et lourd silence à nouveau, interrompu par l’arrivée d’Anne Hidalgo, la première à s’exprimer. La première à partir également, moins de vingt minutes plus tard. Les écrans sont coupés, les militants sortent fumer.

20h26 - La Mutualité - QG Reconquête

La candidate LR et son appel à voter Macron récoltent des huées dans la salle. Huées simplement ponctuées d’un « mettez-nous CNews » de la part d’une militante apparemment exaspérée.

20h56 - Place du Colonel-Fabien - QG PC

Plus personne.

21h - La Mutualité - QG Reconquête

Prise de parole du candidat. Plusieurs personnes mentionnent les « seulement deux millions » de voix recueillies. Heureusement une fan décide de crier son amour et la salle s’emplit de « on vous aime ».

21h05 - Cirque d’hiver - QG LFI

Ici, toutes les allocutions télévisées sont huées, sans exception. L’apparition de Zemmour sur le grand écran provoque un large mouvement de foule, direction l’arrêt de métro Les Filles-du-Calvaire”. Les débats TV qui s’ensuivent n’intéressent pas grand monde et les journalistes en profitent. Seule Sandrine Rousseau est acclamée.

21h28 - Parc des expositions porte de Versailles - QG LREM

Macron se fait attendre, mais les impatients sont en réalité peu nombreux. « Plusieurs cadres essaient de mimer la proximité avec le public », raconte notre journaliste sur place. Gabriel Attal discute avec les militants, qui le suivent lorsqu’il s’éloigne. Un nouveau trou se creuse dans la foule. Un Jeune avec Macron se rue sur son oreillette pour avertir : “Gabriel vient de partir, ramenez du monde. »

21h30 - Cirque d’hiver - QG LFI

À l'extérieur, beaucoup ont décidé de noyer leur déception dans la boisson. Et la résignation. Quentin et ses amis admettent avoir nourri un mince espoir, mais s’être surtout déplacés pour « pouvoir pleurer et chanter ensemble ». Et pour chanter, ça chante. Quasiment aucune interruption, excepté lorsque les ténors du parti offrent une apparition. Les « merci, merci » remplacent alors les « siamo tutti antifascisti ».

21h40 - Parc des expositions porte de Versailles - QG LREM

Changement d’agents de sécurité, les blousons laissent place aux oreillettes transparentes : Macron entre en scène. Les militants, qui l’attendent depuis trois heures, auront droit à 15 minutes de discours. Un discours qui se veut rassembleur, au cours duquel tous les candidats éliminés au 1er tour sont applaudis. Y compris Éric Zemmour. Des applaudissements sages et disciplinés, comme ceux adressés au Président. Pas besoin d’appel au calme cette année. Rien à voir avec l’effervescence de 2017, raconte un membre de la communication. Le reste de la prestation est plus désordonné, les militants donnent des « oui » désaccordés, perdus au milieu d’un enchaînement de questions rhétoriques.

22h - Cirque d’hiver - QG LFI

Après la déception et la résignation, l’heure est à la projection. « Tu comptes vraiment te déplacer pour le second tour toi ? » peut-on entendre tous les cinq mètres. Les jeunes interrogés se présentent en nombre comme des futurs abstentionnistes. Vote blanc pour certains d’entre eux. « Je ne ferai définitivement pas barrage, je ne suis pas un castor », assène Iyad, 24 ans. Il ose, à demi-mot, relativiser la possible victoire de Marine Le Pen : « Peut-être que les jeunes ont besoin de ça pour se repolitiser… moi-même je ne me sens pas assez engagé, peut-être parce que je n’ai jamais été réellement bousculé. »

22h14 - Parc des expositions porte de Versailles - QG LREM

Les militants restants écoutent distraitement les allocutions et commentent avec force d’argumentation les résultats. Notre journaliste entend parler de la bien connue « mécanique contre-cyclique » lorsqu’il s’agit de commenter les conséquences du vote utile.

22h25 - Cirque d’hiver - QG LFI

Les chants se sont calmés, les militants/sympathisants commencent à déserter. Malgré les multiples bières, le froid commence à se faire sentir. Un militant se couvre les épaules avec son drapeau Union populaire. Ceux qui restent scrutent les entrées et sorties du QG. « Ça commence à retomber, faut qu’il y ait une tête d’affiche qui sorte, sinon on s’en va », rouspète un spectateur. C’est bien entendu la Tortue sagace, Jean-Luc Mélenchon himself, qu’ils attendent le plus. Un sympathisant placé sur le côté suggère de se mettre au pastis, « il sentira que le Sud l’appelle ».

22h30 - Cirque d’hiver - QG LFI

L’ambiance repart après l’arrivée d’un groupe de jeunes gens, venus de la place de la République. Un fumigène teinte la place de rouge et éclipse la fumée des cigarettes. « Tout le monde déteste la police. » Le slogan, scandé par quelques dizaines de personnes, résonne avec force_. Un membre du staff chuchote à son collègue : « I_ls sont trop cons, tous les médias leur sautent dessus. » Désormais massés à l’écart, des jeunes vêtus de noir tentent de convaincre des amis de les rejoindre. Sans succès, « la révolution ne sera pas pour ce soir »,_ soupire l’un d’eux.

23h - Cirque d’hiver - QG LFI

« On va gagner, on va gagner ! » L’ambiance s’est réchauffée, les poings se lèvent quand les manteaux et les écharpes tombent. L’annonce d’un resserrement des résultats voit l’espoir renaître parmi les militants et sympathisants rassemblés à l’extérieur. Ceux qui ne s’égosillent pas ont les yeux rivés sur les écrans et actualisent sans relâche la page du ministère de l’Intérieur. Les autres se tournent vers les journalistes pour grappiller des informations.

1h - Cirque d’hiver - QG LFI

Après une courte apparition de Jean-Luc Mélenchon à l’extérieur, l’excitation commence à retomber. Le cirque ferme finalement ses portes devant des militants aux espoirs amenuisés.


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