Le fascisme n’est pas une option

Il n’est possible ni de s’abstenir ni de voter blanc.

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Alors ça y est. On a voté (1). Pour Jean-Luc Mélenchon, en dépit de tout (2) ce qui faisait qu’on n’avait pas envie de voter pour lui (3).

Ce n’est pas qu’on se soit rendu aux ahurissantes sommations – et autres invectives – de la frange exaltée de son fan-club qui sévit sur Twitter : tout au rebours, les procès en « bourgeoisie » et en « droitisme » intentés contre quiconque osait rappeler qu’il était arrivé que l’intéressé erre quelque peu auront été, jusqu’au bout, le plus efficace des repoussoirs.

Si on a voté pour lui, c’est parce que c’était, à l’évidence, un choix cohérent pour qui redoute réellement la possibilité d’une victoire présidentielle de la candidate du parti qui fut cofondé par (entre autres) un ancien Waffen SS et un ancien milicien, et qui, un demi-siècle plus tard, « porte », selon le sociologue Ugo Palheta – et nonobstant sa « dédiabolisation » par une médiacratie à laquelle nous devrons évidemment demander aussi des comptes –, « un projet fasciste (4) ». Ou, pour le dire autrement – et pour reprendre le titre d’un livre important : la possibilité du fascisme (5).

Seulement voilà : ce vote nécessaire n’a hélas, et comme on le craignait, pas suffi. Et cette fois Le Pen risque vraiment de l’emporter le 24 avril. Or, après avoir appelé au vote « efficace » au premier tour, Mélenchon, défait – hélas –, s’est encore une fois contenté, comme en 2017, de demander à ses troupes de ne « pas donner une seule voix à Mme Le Pen » au second tour. En d’autres termes, il ne leur demande pas explicitement de voter contre cette dernière. C’est-à-dire pour Macron.

Entendons-nous bien : nous savons tou·tes pertinemment – on l’a écrit cent fois ici – que le chef de l’État sortant n’a cessé, depuis son élection, de damer une route devant l’extrême droite. Nous savons qu’il est, selon le mot, excellemment trouvé, du camarade Lordon, un « fascisateur ». Mais pour autant – et si du moins les mots ont encore un sens –, il faut l’énoncer nettement : l’autoritarisme capitaliste d’Emmanuel Macron, pour odieux qu’il soit, n’est pas un fascisme. Et cela fait une énorme différence pour celles et ceux qui seraient de toute évidence les toutes premières victimes d’une victoire de Le Pen et de la mise en œuvre de son programme nationaliste : on pense bien sûr aux migrant·es et aux musulman·es – puis à tant d’autres encore.

Disons-le, dès lors, plus distinctement : contre la porteuse d’un tel projet, lorsqu’elle est si proche d’une victoire au second tour, il n’est possible ni de s’abstenir ni de voter blanc. Car ces deux options la propulseront mécaniquement vers l’Élysée.

La même – exactement la même – détermination qui nous a fait voter pour Jean-Luc Mélenchon devrait donc nous faire voter pour Emmanuel Macron – sans plus d’états d’âme, et sans aucune illusion sur le personnage : quiconque ferait un choix contraire devrait sans doute en rabattre sur de futures exhortations au « vote utile » – ou « efficace ».

(1) Pour ce qui me concerne, c’était la première fois de ma vie. Non par plaisir, mais parce que je flippe salement.

(2) Et ce tout fait beaucoup.

(3) Salut à toi, Philippe Poutou.

(4) « Le RN porte un projet fasciste », contretemps.eu, 7 avril 2022.

(5) La Possibilité du fascisme, Ugo Palheta, La Découverte, 2018.


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