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Publié le 14 mai 2009

« Up (Là-haut) »; « Nuits d'ivresse printanière » de Lou Ye

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La Croisette n’est pas épargnée par la crise. Il se dit que les majors américaines n’ont pas réservé les suites habituelles dans les grands hôtels, mais de simples chambres. Se rendre au festival dans ces conditions, est-ce réellement supportable ?

Le dernier-né des studios Pixar-Disney est beaucoup plus agréable à regarder que la une du jour de Libé (celle d'hier mercredi, une tronche de Val…). Depuis combien de temps n’étais-je pas allé voir un film de cet US acabit ? Je crains que cela ne se compte en décennie(s). Un coup d’œil sur le site de Pixar, et j’ai confirmation : depuis 1970 et les Aristochats ! J’avais 7 ans ! J’ai vu tous ceux qui ont précédé, aucun de ceux qui ont suivi. J’avais eu pourtant la tentation d’aller vérifier si Wall-E , sorti l’an dernier, était aussi bien que ce qu’on en a dit. Mais finalement je ne l’avais pas fait.

Il aura donc fallu que le 62ème festival de Cannes projette Up «(Là-haut)», de Pete Docter, en ouverture pour que je renoue ce fil, et que je vive même ma première projection en 3D grâce aux lunettes fournies à l’entrée.

Bon, je vais finir par le dire : Il n’est pas mal du tout, ce Up . Je craignais la niaiserie, l’humanisme à deux dollars, le chant du conformisme, une idéologie rétrograde. Rien vu de tout ça. Oh, je ne dis pas que ça ne joue pas sur les cordes sensibles. Mais avec intelligence, doigté, nuances. Et l’émotion n’est pas gratuite. Ça parle de la permanence de l’amour, de la fidélité au souvenir, et du deuil. Et puis c’est drôle, très drôle. Un vieux ronchon au grand cœur, un petit grassouillet intrépide, un chien qui parle, et un drôle d’oiseau géant. Voilà les personnages principaux de Up qui finissent par former une équipe hétéroclite et attachante. Pas besoin de dire que les dessins sont parfaitement léchés : c’est la marque de fabrique de la maison. Aucune surprise de ce côté-là. Sans doute, même, pas assez. Mais, bon, comme disent les Suisses, j’ai été déçu en bien.

Ce qui est formidable à Cannes, c’est de pouvoir passer sans transition d’un tel film à celui de Lou Ye, Nuits d’ivresse printanière , qui ouvre la compétition officielle.

Lou Ye est ce cinéaste qui avait subi les foudres du régime de son pays, la Chine, pour avoir évoqué la répression sur la place Tienanmen dans son film précédent, Une jeunesse chinoise , qui date de 2006. Il avait été « banni », c’est-à-dire interdit de réalisation, pendant 5 ans. (Ses films précédents avaient aussi connu la censure). Aujourd’hui, c’est grâce à un producteur français et au système français de financement du cinéma qu’il a pu faire son nouveau film, et pour partie moindre, à des fonds obtenus à Hong Kong.

Nuits d’ivresse printanière est un film intimiste, où il n’est question que d’amour et de jalousie entre deux hommes et une femme. Jules et Jim n’est pas loin, le cinéaste revendique d’ailleurs cette influence. Mais ce qu’il met au premier plan est la relation homosexuelle.

Illustration - « Up (Là-haut) »; « Nuits d'ivresse printanière » de Lou Ye

Nuits d’ivresse printanière est à la fois un film où les corps sont très présents, qui montre avec une grande proximité deux hommes faisant l’amour, mais qui se situe aussi dans le clair-obscur des sentiments. Autrement dit les scènes de sexe sont aussi des scènes d’amour. De même que les scènes où la violence de la jalousie explose.

S’il y a des pleurs et même du sang, il n’y a jamais d’hystérie. Nuits d’ivresse printanière est le contraire d’un film extraverti, c’est un film d’intérieur. Au sens propre – les rues de Nankin, où se déroule cette histoire, sont peu montrées, sinon la nuit –, mais aussi au sens où il semble donner à voir ce qu’une mauvaise littérature nommerait les élans du cœur, mais ici, sans psychologie explicite.

Comme Jules et Jim , mais aussi comme Marie Jo et ses deux amours , s’esquisse la possibilité d’une utopie, d’un amour à trois. C’est un des beaux moments de ce film sensible, qui parvient à faire ressentir ce qu’a de scandaleux non pas l’homosexualité bien sûr, ni même le sexe, mais l’amour lui-même. Scandaleux, parce que farouche, et totalement amoral.


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