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Publié le 19 avril 2012

« Libération » nous ressort la menace fantôme

Ami lecteur, la Une de Libération te fait flipper ? C'est normal, elle est faite pour ça, et te conduire, dans un réflexe pavlovien, à mettre dans l’urne un bulletin au nom de François Hollande.

Illustration - « Libération » nous ressort la menace fantôme
Maintenant, ami lecteur, si tu veux bien , ouvrons ensemble le quotidien de Messieurs Rothschild et Demorand. Tu vas vite voir que la menace avec laquelle on veut te faire peur est fantasmée.

Que lis-tu en effet en haut de la page 2 ? « Le risque de "21 avril à l'envers" semble écarté. » Si tu fais l’effort d’entrer dans l’article en-dessous tu découvriras que dans ses plus mauvais sondages Nicolas Sarkozy dégringole à 24 % quand dans ceux qui lui sont les plus favorables Marine Le Pen monte à 17 %... Verdict : « L’écart reste nettement supérieur aux marges d’erreurs. » Il n’y a donc pas de risque qu’elle lui passe devant. Et quand bien même elle le doublerait, peu nous chaut. Dans la colonne de gauche, Paul Quinio, qui signe l'éditorial, écrit d'emblée que la « présence [de Marine Le Pen] a u second tour semble improbable » . Et là d'un coup, cette soi-disant «menace» recule de quatre à cinq points sur l'échelle de Richter des tremblements de terre politique.

Pour justifier son titre racoleur Libération écrit tout de même que « la présidente du FN peut encore créer la surprise » . Pour preuve, Christophe Forcari et François Weinz-Dumas (il fallait bien être deux pour ce boulot) ont dégoté deux sondages (chacun un ?) réputés prouver ce qu’ils prétendent. Pour l’un, « près d'un tiers des Français se dit en accord avec les idées du FN » . Pour l’autre, « près d'un tiers des électeurs n'excluait (sic) pas de voter pour la candidate frontiste » . L'imparfait est bien le temps qui convient puisque ces deux sondages datent de… janvier. S’y référer aujourd'hui c'est faire comme si la campagne présidentielle n'avait rien changé à ce que ces « études », qui sont à la sociologie ce que MacDo est à la gastronomie, mesuraient il y a trois mois. Faire comme si les idées de Marine Le Pen n'avaient pas été contestées de mille façons depuis, et que cette contestation n’avait en aucune manière modifié l’état de l’opinion publique. Le procédé, assez grossier, nie donc l’existence des dynamiques de campagne. Or il se trouve précisément que depuis janvier le Front de gauche et son candidat, Jean-Luc Mélenchon, ont méthodiquement procédé à une démolition des idées lepénistes, et que ce travail n’est pas pour rien dans la montée des intentions de vote en sa faveur.

Autres arguments de nos deux Rouletabille : « La candidate d'extrême droite pourrait mobiliser des abstentionnistes » et « elle pourrait également bénéficier d'un fort vote chez les primo-votants vu sa forte popularité chez les jeunes » . Tout cela est au grand conditionnel et tu sais, ami lecteur, combien avec des « si » on pourrait changer le monde. La menace avec laquelle le quotidien de gauche fait son gros titre est donc pour l'heure toute virtuelle.

Cela n’empêche pas l’éditorialiste du quotidien , dont on n’ose plus rappeler qu’il a été fondé par Jean-Paul Sartre, d’essayer à toutes forces de nous faire monter le trouillomètre. « Même si elle n'arrive pas en troisième position dimanche, la fille du vieux chef frontiste va s'installer durablement dans le paysage politique français. » Ah bon, parce qu'elle n'y est pas déjà installée?

Le même note plus loin que « l'absence d’émoi autour de la campagne du FN prouve que sa banalisation est bel et bien en marche » . Ce n'est pas faux. Mais qui en porte la responsabilité si ce n’est ceux qui, nombreux, ont crié qu’il ne serait pas démocratique que Mme Le Pen soit absente du scrutin faute de recueillir les 500 parrainages nécessaires ? Et tous les prudents qui se sont bien gardé de l’affronter par crainte que les électeurs d’extrême droite se reportent moins qu’ils le font régulièrement sur le candidat de la gauche au second tour ?

La conclusion de tout ça ? Libération joue à nous faire peur avec une menace fantôme. Vu le niveau de François Hollande dans les sondages, il n’existe pas de risque d’élimination de la gauche au premier tour. Et même un score important de dame Le Pen n’a rien de certain : en 2007 (mais vous n’en trouverez aucune trace dans les 4 pages du quotidien de la rue Béranger), tous les instituts de sondage avaient surestimé son père (voir ici); à la veille du scrutin CSA le donnait même à 16,5 % devant Bayrou (16 %) alors que le jour du scrutin son score a été de... 10,44 %.

La possibilité existe bien en revanche de voir Jean-Luc Mélenchon devancer la candidate de l’extrême droite. Ce serait une sacrément bonne nouvelle pour la gauche, et la démocratie. Une libération du débat au sein de la gauche. Mais de cette libération, le journal (bien mal nommé) de Rotschild et Demorand ne veut pas. C’est simple, il ne l’évoque nullement. Dommage, il aurait pu faire une belle couv'. Comme celle-ci, tweetée cette nuit par Stéphane Burlot.



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