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Publié le 19 février 2014

Ukraine: l'accord entre le président et l'opposition effacera-t-il les 100 morts et les mystères des sanglantes batailles de Kiev ?

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Après des semaines d’escarmouches, parfois mortelles, la bataille de Kiev a commencé mardi avec une trentaine de morts et au moins 300 blessés recensés, de nombreuses victimes n’ayant pas osé se faire soigner dans les hôpitaux où les envoyés très spéciaux des services secrets ukrainiens et souvent également russes, les repèrent pour les mettre plus tard en état d’arrestation. La nouveauté : que de nombreux policiers –officiellement 9- aient été également tués. Nul ne sait vraiment qui a tiré et avec quelles armes. La rumeur et certains témoignages tendent à indiquer que plusieurs sections des Spetnaz russes, avec ou sans l’accord du gouvernement ukrainien, aient été mêlés aux forces de police ukrainiennes. Ces Spetnaz sont des forces spéciales russes dépendant directement du ministère de la Défense et du FSB (l’ex-KGB) et ils sont réputés être réservés aux basses besognes du maintien de l’ordre.

Il ne faut pas non plus négliger le rôle trouble que jouent les groupes paramilitaires de Pravy Sektor, la formation nationaliste d’extrême droite qui, depuis des semaines, encadrent ou précèdent les manifestants pour les actions les plus violentes et les occupations de bâtiments officiels. Tous bien équipés, parfois avec des boucliers de policiers et parfois discrétement armés, ils manipulent les manifestations et les saccages de lieux publics ; en chantant et clamant des slogans ultra-nationalistes, tout en refusant les revendications de la majorité des occupants de la place Maidan qui ne réclament qu’un rapprochement avec l’Europe, de nouvelles élections présidentielles et législatives ainsi qu’un retour à la constitution de 2004. A chaque fois qu’un compromis se dessine, ils relancent la violence en complicité objective avec les forces de l’ordre. Avec des revendications qui ressemblent étrangement aux propos les plus extrémistes et racistes des nationalistes russes. Tandis que du côté des manifestants, sous couvert de respect de la religion, une « armée » de popes orthodoxes souvent venus de l’Ouest de l’Ukraine, excitent les foules en brandissant des croix.

Les affrontements, à Kiev comme pour ceux largement moins médiatisés qui se déroulent à Lviv (Lwow) et dans l’extrême ouest du pays, entrainent depuis des semaines une paralysie de l’économie et de la production du pays. Ce qui ne peut que réjouir le président russe qui compte sur un complet désordre social et inquiète le gouvernement ukrainien risquant de se retrouver bientôt à solliciter d’urgence un prêt pour faire face a ses échéances. Pour peser une nouvelle fois sur le conflit, Vladimir Poutine, après un aller et retour discret de Sotchi à Moscou, a fait d’ailleurs fait annoncer le versement imminent d’une nouvelle aide de 2 milliards de dollars pour alimenter le budget courant de l’Ukraine. Ce qui explique sans doute la reculade du Président Ianoukovitch sur les réformes promises et le dialogue infructueux de la nuit de mardi avec les deux chefs de l’opposition, Vitali Klistschko et Arseni Iatseniouk.

Toute la stratégie de Vladimir Poutine consiste à éviter un nouveau bain de sang et des heurts encore plus violents avant la cérémonie de clôture des Jeux dimanche prochain. Tandis que l’Union européenne a cherché un difficile consensus pour peser sur le conflit sans se couper de la sacro-sainte route du gaz. Dernière suggestion qui ne fait même pas l’unanimité : refuser de vendre des moyens de maintien de l’ordre à l’Ukraine. Comme si les Russes n’y pourvoyaient pas depuis des semaines… Quand à Bernard-Henri Lévy il s’est une fois de plus ridiculisé en réclamant mercredi matin sur France Inter le « boycott immédiat » des Jeux de Sotchi. Il est à craindre que Laurent Fabius et les autres ministres des affaires étrangères venus à Kiev n'aient pas eu de meilleures idées...

Mercredi soir, malgré de nouvelles offres de pourparlers du pouvoir,les manifestants- qualifiés de terroristes- se sont à nouveau regroupés sur la place centrale de Kiev tandis que, face aux forces de police, des milliers d’habitants de la capitale venaient les approvisionner et les aider à reconstruire les barricades. Notamment face aux locaux syndicaux dont nul ne sait qui les a incendié dans la nuit de mardi à mercredi. C'est de là que les affrontements ont repris jeudi et qu'en milieu d'aprés midi ils avaient au moins 25 morts supplémentaires.

Vendredi un accord est survenu entre le Président et les trois représentants de l'opposition. Mais, ce n'est pas le premier et il n'est pas encore certain que les militants de la place Maidan et de Lviv, à l'Ouest prennent les promesses du pouvoir comme argent comptant...


Extrait du communiqué sur l'accord vu par le Président de la République:

Cet accord, conclu grâce à la médiation des Ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais, prévoit le retour à la constitution de 2004 dans les 48 heures, la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale, l’adoption d’ici septembre 2014 de réformes constitutionnelles destinées à mieux équilibrer les pouvoirs du Président, du Parlement et du gouvernement, l’organisation d’élections présidentielles au plus tard en décembre 2014 et le lancement d’une enquête sur les violences qui ont frappé le pays.

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