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Publié le 25 juillet 2014

Russie: bref rappel de l'état du pays que trop de gouvernements et de militants absolvent de ses crimes contre l'Ukraine

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Au moment qui voit les pays européens jouer à qui se défilera le plus vite pour éviter de faire plus de peine à Vladimir Poutine pour cause de gaz et de gros contrats commerciaux, il n’est probablement pas inutile de rappeler quelques faits aux admirateurs gênés du Tsar, qu’il soit à gauche ou à droite. Vladimir 1er est souvent absous de ses pêchés pour cause d’un anti-américanisme aussi primaire que le fut l’antisoviétisme également connu sous le nom d’anti communisme primaire. Des « détails » expliquant dans quel état politique, social, humain et économique se trouve la République Fédérative de Russie.

D’abord la Russie est le seul grand pays industrialisé dont la population diminue régulièrement en dépit du retour des citoyens russes qui sont peu à peu revenus des républiques d’Asie centrale devenues indépendantes. En 1991, le pays comptait 148 600 000 habitants, ils sont aujourd’hui 142 000 000, même si, pour la première fois depuis 24 ans, l’année 2013 n’est démographiquement ni positive ni négative. Bien sur, il y a les Russes qui s’installent à l’étranger mais ils ne représentent qu’une minorité de privilégiés partant avec leurs fortunes. Le problème c’est que depuis le début des années 90, le taux de mortalité dépasse le taux de natalité : alcoolisme, forte régression des soins gratuits, tabagisme généralisé, délabrement des hôpitaux, disparition des dispensaires dans les provinces et les zones rurales , mauvaise alimentation et malnutrition dans les petites agglomérations, sont quelques unes des explications de la chute de la population que l’annexion de la Crimée ne suffira pas à compenser puisque, selon les sources, le taux de natalité varie de 1,4 à 1,7. Mais en Russie il n’existe pas de sources statistiques indépendantes du pouvoir.

Comme les Russes, sauf la petite et nouvelle classe moyenne, savent confusément tout cela et bien d’autres choses, pourquoi continuent-ils à accepter la dictature molle de Poutine où la corruption, notamment celle qui a marqué la construction des installations olympiques de Sotchi aujourd’hui abandonnées et déserte. D’autant plus qu’ils savent également que de nombreux députés à la Douma ne sont en fait que des hommes d’affaires de province souhaitant profiter d’une immunité parlementaire efficace et de l’indulgence du Kremlin pourvu qu’ils votent gentiment les lois les plus liberticides ou réprimant la « propagande » homosexuelle voire « antinationale ». L’apparente passivité des Russes s’explique facilement : le pays n’est plus une démocratie et 95% des moyens d’information sont contrôlés directement par le pouvoir ou indirectement par l’intermédiaire de grandes compagnies financières ou industrielles liées à l’Etat. Gazprom, par exemple, contrôle notamment NTV, la plus importante chaine de télévision privée, une dizaine de journaux et la radio la plus écoutée. Téléspectateurs et lecteurs (de plus en plus rares sauf pour la « presse de caniveau) baignent donc dans une atmosphère permanente de propagande et de mensonges dignes de l’Union Soviétique : toutes les informations « désagréables », sur le plan extérieur comme sur le plan intérieur passent à la trappe. Les différents épisodes de la situation en Ukraine, y compris dans l’affaire de la destruction de l’avion malaysien par un missile sol-air sont gommés. D’ailleurs, les téléspectateurs russes ignorent toujours que plusieurs avions et hélicoptères ukrainiens ont été abattus par des missiles.

Au moment où sa popularité fléchissait légèrement, Vladimir Poutine a donc utilisé, après l’avoir discrètement encouragée, la contestation puis le désordre en Crimée et dans l’Est de l’Ukraine, jouant sur le fait que l’immense majorité de ses concitoyens ignoraient ce qui se passait, simplement informé que leur voisin était en proie à des hordes de fascistes et de nazis hostiles aux Russes. Refrain repris par quelques groupes français qui ainsi eu l’honneur de se retrouver à la télé et dans les journaux de Russie. Comme d’autres avaient eu leurs instants de gloire sur les écrans du dictateur syrien.

L’arme du nationalisme, reprise avec des accents extraordinaires dans les médias, a fort bien fonctionné et les premiers Russes à s’introduire en Crimée puis dans plusieurs villes de l’Est, avant les militaires ont été des compagnies de Cosaques qui véhiculent une idéologie à la fois réactionnaire et militariste. Plusieurs centaines d’entre eux étaient d’ailleurs présents sur les lieux du crash de l’avion abattu et ce sont eux qui ont récupéré les « boites noires ». Les rares « objecteurs » russes à l’instrumentalisation du nationalisme, demandant (notamment à Saint Peterbourg) que leur pays n’encourage pas des affrontements armés, ont été réprimés et emprisonnés. Tout comme l’avaient été les courageux protestant contre la loi dirigée contre les homosexuels après que plusieurs chaines de télévision aient diffusés des reportages sur les « dangers qu’ils font courir à la jeunesse ». A cela s’ajoutent la mainmise de l’Eglise orthodoxe sur le pouvoir et les citoyens, une Eglise auprès de laquelle l’Eglise catholique pourrait passer pour révolutionnaire. Dans certains quartiers de Moscou et dans des villes de province comme Samara, le clergé local a mis sur pied des « patrouilles » chargées de surveiller les mœurs de la jeunesse, du point de vue de leurs effusions publiques, des jurons qu’ils utilisent, de la musique qu’ils écoutent comme de celui de la décence de leurs vêtements.

A ce bref tableau d’un pays qui se referme sur lui-même et enferme leurs habitants dans une prison collective on ajoutera la loi signée le 22 juillet dernier par Poutine. Elle a pour objet « d’améliorer la gestions des données personnelles recueillies sur Ies réseaux » et, à terme, de contrôler Internet qui reste en Russie l’un des seuls espaces de liberté. Mais sans oublier que l’accès à la toile ne concerne que la moitié des Russes.

PS Tout cela ne m'empêche pas d'aimer ce pays et ses habitants que je fréquente depuis des lustres. Ce qui m'attriste d'autant plus de voir la Russie dans cet état.


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