Le ministre en direct

Claude-Marie Vadrot  • 29 mars 2007 abonné·es

Jeudi 22 mars, 10 h 30. Nicolas Sarkozy sort de sa permanence électorale parisienne sous escorte policière et devant un maigre parterre de journalistes et de photographes. Il a le visage fermé. Il vient de se disputer, derrière une porte vitrée, avec des membres de son entourage. Une scène muette mais accompagnée de gestes expressifs. Il fait la tronche. Cela arrive de plus en plus souvent. Et cela se voit. Normalement, d’après le programme annoncé, il devrait être aux Antilles depuis deux jours. Mais, comme pour son déplacement annoncé sur la dalle d’Argenteuil (l’affaire des « racailles »), ce voyage a été repoussé, puis raccourci au point de ne durer qu’un peu plus de vingt-quatre heures. Comme si l’accueil ne s’annonçait pas aussi chaleureux qu’escompté. Comme s’il fallait, à l’instar de déplacements dans d’autres endroits, bien soigner la préparation pour éviter les fausses notes. Soigner, Sarkozy sait faire. Témoin, depuis la mi-mars, la présence policière autour du siège de l’UMP, rue d’Enghien : les habitants ont tellement râlé contre les contrôles qu’ils subissaient pour aller et venir que le dispositif a été allégé… puis à nouveau renforcé après la livraison par Greenpeace de quintaux de maïs OGM.

Jeudi 29 mars. Depuis lundi, le candidat n’est plus ministre, mais l’armée des gros bras, en civil ou en uniforme, qui l’accompagne, n’a guère varié. Pour des escapades qui, depuis des semaines, consistent à dire à un public trié sur le volet ce qu’il a envie d’entendre. Comme à Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence, où il a prôné, le 16 mars, « l’autodéfense face aux loups qui ont tué 500 brebis depuis le début de l’année » . Un chiffre que tout le monde sait faux. Dans la foulée, après avoir précisé qu’il était là en tant que ministre, il a inauguré un « relais de services publics ». Qui était déjà en place depuis des mois. Juste avant de prendre, à l’improviste, la pose devant quelques brebis. Cette photo était préparée depuis la veille par les services de la préfecture. De même que le petit impromptu du ministre-candidat sur la « France éternelle de la ruralité » . Les visites ne se déroulant pas assez vite, elles ont été émaillées d’aboiements à mi-voix. Le soleil, manifestement, ne l’a pas déridé ; et l’on sentait ses collaborateurs tendus, inquiets. Peur de se faire engueuler sans doute, puisque, de déplacements en meetings, le sourire du candidat se crispe chaque jour davantage. Une crispation qu’il avait pris soin d’effacer, le 18 mars, au Zénith, pendant au moins une heure, lors de son discours sur l’amour des autres, sa mère, les jeunes ou Guy Mocquet… Avant, dans les coulisses, où il a jeté à quelques vendeurs de T-shirts qu’ils pouvaient venir se les faire « dédicacer dans [sa] loge » , comme une star, Nicolas Sarkozy a retrouvé un peu de son agressivité. La même que celle avec laquelle il a affirmé, à propos de la banlieue : « Je suis certain que le footballeur Lilian Thuram y revient de temps à autre en Ferrari. » Relatant ce 18 mars au Zénith, la presse a repris, quasi unanimement, le gros mensonge de son état-major : « Il y avait 10 000 jeunes » rassemblés devant Nicolas Sarkozy. Dans une salle qui contient, c’est écrit sur son site, 6 400 places, debout incluses, ce n’est pas mal.

Politique
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