La « franchise » selon Sarkozy

Thierry Brun  • 3 avril 2007
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Plusieurs acteurs ou représentants du monde de la santé ont lancé une pétition qui se veut un « appel contre la franchise sur les remboursements de soins », préconisée par le candidat de l’UMP à la présidentielle, Nicolas Sarkozy. La pétition a reçu plus de 2000 signatures en quelques jours, selon Christian Lehmann, médecin généraliste et écrivain, qui, avec Martin Winckler, lui aussi médecin généraliste et écrivain, ont expliqué les conséquences de ce projet dans les colonnes de Politis, dans son numéro du 5 avril. Nous publions le contenu de l’appel et donnons ensuite quelques extraits du texte de Christian Lehmann et Martin Winckler publié par Politis.

« FRANCHISE » SUR LES SOINS : L’ASSURANCE MALADIE SOLIDAIRE EN DANGER

« franchise : n.f. 1. qualité d’une personne franche, sincérité, droiture ; 2. clause d’une assurance qui fixe une somme forfaitaire restant à la charge de l’assuré »
En matière d’assurance maladie l’UMP et Nicolas Sarkozy ont une idée fixe : l’augmentation des dépenses de santé, ce serait d’abord et avant tout la faute des patients. Il faudrait donc les « responsabiliser », c’est à dire les pénaliser financièrement pour « qu’ils consomment moins », ou, au minimum, pour que « la Sécu rembourse de moins en moins ».
Déremboursements incohérents, augmentation du « ticket modérateur » sur des soins courants, généralisation des dépassements tarifaires pour les médecins spécialistes, invention du forfait de 1€ par acte de soins ou de biologie, du forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91€, l’actuelle majorité a multiplié les atteintes à la prise en charge solidaire des soins. Mais si elle a augmenté le reste à la charge des patients, le déficit de l’assurance maladie n’en a pas été comblé pour autant.
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy va plus loin, beaucoup plus loin, en annonçant que s’il est élu il mettra en place une « FRANCHISE » c’est-à-dire un seuil annuel de dépenses en dessous duquel l’assurance maladie ne remboursera rien. Rien du tout. Franchise qui, pour mieux jouer son rôle de dissuasion de la consommation, ne sera pas remboursable par les assurances complémentaires, au moins dans un premier temps.
Nous, professionnels de santé, acteurs du monde associatif ou médico-social, universitaires, représentants des usagers et/ou usagers du système de santé dénonçons les RISQUES MAJEURS D’UNE TELLE FRANCHISE
Nous refusons l’instauration d’une telle « FRANCHISE», socialement injuste, économiquement inefficace et dangereuse pour la santé publique.
Rejoignez-nous afin d’exiger des candidats à la présidentielle une clarification de leur position face à cette menace inacceptable sur l’accès aux soins en France.
www.appelcontrelafranchise.org
Contactez les signataires: contrefranchise@gmail.com

Voici quelques extraits de la tribune des médecins généralistes et écrivains Christian Lehmann et Martin Winckler publiée par l’hebdomadaire Politis :

La « franchise » ce n’est pas un mot lâché un peu vite dans un discours de campagne mais bien une constante (une des rares !!!) de la pensée politique de cet admirateur des « néo conservateurs » américains. Dès 2001, dans son livre « Libre », Nicolas Sarkozy écrivait : « Je crois utile qu’un système de franchise soit mis en place comme pour tout processus d’assurance. Ainsi les 500 premiers francs [76,22 €] de dépenses de santé annuelles des assurés sociaux ne seraient pas remboursés, afin de responsabiliser ceux-ci.”

(…) Le 28 mars, lors d’une réunion-débat sur la santé à Suresnes : Philippe Juvin, professeur de médecine, maire UMP de La Garenne-Colombes, Président de la commission santé de l’UMP, y revient, pour expliquer que le grand mérite du candidat Sarkozy serait d’avoir créé le débat avec la franchise… « au moins ça a un avantage, c’est que comme on en a parlé, et comme c’est impopulaire, quand on aura gagné, on pourra la faire. On pourra pas nous dire : vous nous prenez en traître… »

(…) Philippe Juvin parle de la nécessaire « responsabilisation » des patients qui seraient amenés grâce à la franchise à « participer » aux dépenses de santé… comme si les cotisations d’assurance-maladie n’existaient pas ! Saisissant un téléphone portable sur la table devant lui, il se livre à une explication de texte sur la franchise très proche de l’argumentaire de François Fillon. L’équation « dépenses de téléphonie mobile=dépenses de santé », surprenante dans la bouche d’un soignant, est à nouveau avancée, au nom d’un « libre choix » que seraient amenés à faire les Français. Et oui, dans le monde selon Nicolas Sarkozy, on choisit d’avoir un enfant dialysé, de soigner ou non son cancer, d’avoir un accident au travail… Et on en assume les conséquences, en vrai néolibéral. Si on peut. Tant qu’on peut. A l’américaine. « Et ça responsabilisera, vous verrez, vous verrez… Les abus, ça sera bien limité… », poursuit Philippe Juvin.

L’hebdomadaire Politis relaie l’appel « contre la franchise et les remboursements de soins » préconisé par le candidat UMP à la présidentielle, Nicolas Sarkozy.

LISTE DES PREMIERS SIGNATAIRES :

Christian LEHMANN, médecin généraliste, écrivain

Martin WINCKLER, médecin généraliste, écrivain

Philippe SOPENA, médecin généraliste, ancien Vice-Président de MGFrance

Par ordre alphabétique :

Michel AMOUYAL, medecin généraliste, Maître de Conférence Associé UFR Montpellier,

Jean-Pierre AMOYEL, médecin rhumatologue
Elie ARIE, médecin cardiologue, Enseignant-Associé à la Chaire d’Economie et Gestion des Services de Santé au Conservatoire National des Arts et Métiers

François AUTAIN, médecin, sénateur, Secrétaire de la Commission des Affaires Sociales

Philippe BATEL, Professeur de médecine, Alcoologie, Hôpital BEAUJON

Hélène BAUDRY, médecin généraliste, Présidente de l’Association Nationale des Médecins Référents

Jean-Marie BENOIS, Chargé de projet Médecins du Monde « Mission Calais »

Francis BLANC, médecin généraliste

Richard BOUTON, médecin généraliste, ancien Président de MG France, consultant dans le domaine de la santé et de l’assurance maladie

Christian BONNAUD, médecin généraliste

Jacques BRUNHES, député des Hauts-de-Seine

Danielle CALLUYERE-VAUBOURG, médecin conseil

José CAUDRON, économiste de la santé et de la protection sociale, Professeur Associé à l’Université Paris 1, membre de la Fondation Copernic
Renaud CAZALIS, médecin généraliste, Président d’Espace Généraliste Languedoc-Roussillon

Pascal CHARBONNEL, médecin généraliste

Pierre CORRATGE, médecin Généraliste, Chargé d’Enseignement de Médecine Générale à la Faculté de Médecine de Montpellier

Odile CORRATGE, directrice d’Ecole Maternelle

Jean DE KERVASDOUE, ancien directeur des hôpitaux, professeur titulaire de la chaire d’économie et de gestion des services de santé au Conservatoire national des arts et métiers

Eva DE ROFFIGNAC, médecin généraliste

Mady DENANTES, médecin généraliste

Martine DEVRIES, médecin généraliste

Catherine DORMARD, médecin généraliste

Patrick DUBREIL, médecin généraliste, secrétaire général du Syndicat de la Médecine Générale

Frédéric DUTOIT, député des Bouches-du-Rhône, maire des 15ème et 16ème arrondissements de Marseille

Bernard ELGHOZI, Médecin Généraliste, Coordination des réseaux

Philippe FOUCRAS, médecin

Jacqueline FRAYSSE, médecin cardiologue, députée des Hauts-de-Seine

Jean-Pierre GEERAERT, médecin généraliste, Président de la Cimade 93
Serge GILBERG, Professeur Associé de Médecine Générale, Université Paris V
Lucette GUIBERT, pharmacienne salariée et responsable associative

Richard HASSELMANN, Directeur Général d’institution sociale

Marie KAYSER, médecin généraliste

Florian KOMAC, médecin généraliste, membre URML Languedoc-Roussillon

Florence LACHENAL, médecin interniste

Jean-Marie LE GUEN, médecin, député de Paris

Philippe LE ROUZO, médecin généraliste, Président du Syndicat des médecins généralistes du Morbihan MG56

Béatrice LOGNOS, spécialiste en médecine générale, elue URML Languedoc Roussillon

Philippe LORRAIN, médecin généraliste, membre du SMG

Raymond MARI, ancien responsable des relations avec les professions de santé au sein de l’assurance maladie

Didier MENARD, médecin généraliste, Président du Syndicat de la Médecine Générale

Catherine MILLS, Maître de Conférences honoraire à l’Université de Paris I, économiste de la santé et de la protection sociale

Marc MONDAN, médecin généraliste, Président d’Espace Généraliste 91, membre du Département de médecine générale de la Faculté Paris-Sud Kremlin-Bicêtre, Maître de stage

Philippe PLUVINAGE, médecin rhumatologue, bénévole à Médecins du Monde

Francoise RIVALS JONQUET, médecin généraliste

Elisabeth RIVOLLIER, médecin généraliste hospitalier

Temps de lecture : 7 minutes
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