Peut-on critiquer le capitalisme ?
Une vingtaine d’économistes, de sociologues et de philosophes ont vu leur contribution à un dossier sur les orientations du capitalisme refusée par le « Nouvel Obs ». Les explications de Jean-Louis Laville et Philippe Chanial*.
dans l’hebdo N° 956 Acheter ce numéro
Peut-on critiquer le capitalisme ? La question se pose depuis que la direction du Nouvel Observateur a refusé la publication d'un certain nombre d'articles dans un dossier. Que s'est-il donc passé ?
Jean-Louis Laville : Le Nouvel Observateur avait prévu de publier à l'automne 2006 un hors série sur « Les paradoxes du capitalisme », auquel nous avions contribué. Il a été annulé sur décision de la direction puis une partie des textes a été intégrée dans un hors-série qui vient de paraître et s'intitule : « Comprendre le capitalisme » [^2]. L'inflexion est évidente.
Trois types d'articles n'apparaissent pas dans cette version « relookée », soit qu'ils aient été retirés, soit que leurs auteurs se soient opposés à leur publication sous cette forme. Ceux sur la réalité du travail aujourd'hui : sur le travail flexible, par Christophe Ramaux ; la logique du taylorisme, par Bruno Pinel ; ou les centres d'appel, par Kenza Aghouchy. Ceux critiquant les fondements mêmes du capitalisme, avec des articles de Patrick Vassort, « Sade, précurseur du capitalisme » ; d'Enzo Traverso, sur les origines du capitalisme industriel ; de Jérôme Maucourant, « Le capitalisme n'a pas besoin de la démocratie » ; de Gilles Compagnolo, sur la naturalisation de l'économie ; de Jean-Michel Servet, sur la production de la rareté, etc. Sur les aspects contemporains, citons aussi Jean Salem, sur les faux besoins à partir d'Épicure, et Axel Honneth, sur les paradoxes du capitalisme. Enfin, ont été écartés des articles qui ouvrent le champ des possibles en montrant que certaines pratiques socio-économiques construisent des alternatives.Notamment des articles de Smaïn Laacher sur les systèmes d'échange locaux ; de Bernard Doray sur l'argent facteur d'avilissement ou de dignité ; de Georges Gloukoviezoff sur l'accès au crédit.
Bref, il s'agissait à l'origine d'un dossier pluraliste où des auteurs, loin d'être tous d'accord, exprimaient des points de vue critiques et divers témoignant d'une réflexion renouvelée sur le capitalisme. Or,
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