Ces arbres de malheur

La destruction des forêts chiliennes et leur remplacement par des plantations artificielles engendrent une série de calamités écologiques et sociales. Reportage de Claire Martin

Claire Martin  • 6 septembre 2007 abonné·es

Des pins et des eucalyptus, plantés en lignes droites, à perte de vue. Des paysages de désolation là où ils ont été rasés. Des camions chargés de troncs d'arbres qui n'en finissent pas de passer. Au sud du Chili, dans les régions du Bio-bio et de l'Araucanía, les plantations des grandes entreprises forestières couvrent 80 % des sols cultivables. Cette monoculture a fini par remplacer les forêts natives. Ces « forêts » plantées composent un paysage monotone et oppressant qui encercle les villages. Omniprésentes visuellement, elles le sont aussi économiquement. La coupe des arbres et l'industrie du papier forment le principal (et presque unique) secteur d'activité de la région. Toutes les familles du coin comptent au moins un travailleur dans le bois, quand on n'y est pas forestier de père en fils.

Après la coupe, les plantations, qui couvrent 80 % des sols cultivables, offrent un spectacle de désolation. CLAIRE MARTIN

Pourquoi cette culture intensive ? La région est la plus favorable, du point de vue climatique, à la pousse des arbres, et le bois est la deuxième richesse du Chili. La production appartient à plus de 55 % à deux entreprises chiliennes : Mininco et Arauco, qui font elles-mêmes partie de deux holdings aux mains des hommes les plus riches et les plus influents du Chili [^2] .

C'est avec l'ex-dictateur Augusto Pinochet, après le coup d'État du 11 septembre 1973, que commence la plantation de ces espèces importées au Chili, qui poussent rapidement. La Corporation chilienne du bois incite Pinochet à se lancer dans cette matière première. En octobre 1974, le décret 701, encore en vigueur, octroie dans certaines régions des subventions aux plantations forestières à hauteur de 70 %, voire 90 %, de leur chiffre d'affaires. Selon une étude du Mouvement mondial pour les forêts, « fin 1974, les plantations au Chili, en grande partie publiques, atteignent 450 000 hectares. En 1994, elles couvrent 1 750 000 hectares (79 % de pins et 14 % d'eucalyptus) » .

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Monde
Temps de lecture : 9 minutes

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