Le bourgeois bonhomme
dans l’hebdo N° 979 Acheter ce numéro
Comme il lui arrive parfois, quand quelque pépite lui tombe sous la main, le chroniqueur s'en voudrait de ne pas l'offrir à ses lecteurs ; seul l'humour et la dérision l'aidant à surmonter l'aversion que lui inspire l'actuel pouvoir, et la nausée que ses méthodes lui donnent, il a trouvé, dans la réjouissante parodie ci-dessous, un bien beau moment de réconfort et de franche hilarité (ce qui n'exclut pas la pertinence). Alors, cette semaine, c'est un pastiche (sinon rien...), servi prêt à consommer. L'auteur en est un distingué professeur d'économie que nos lecteurs fréquentent régulièrement dans ces colonnes, par ailleurs coprésident d'Attac, Jean-Marie Harribey. On reconnaîtra dans ce « Monsieur Sarkodain » le proche parent de certain bourgeois de Molière qui se rêvait gentilhomme, comme d'autres s'imaginent homme d'État... Régalez-vous [[Texte paru sur Citizen Mag, un site bordelais (l'auteur enseigne à Montesquieu-Bordeaux-IV) : . À paraître également dans la prochaine lettre (n° 10) du conseil scientifique d'Attac, que je vous conseille de découvrir à cette occasion : http://www.france.attac.org/spip.php?rubrique997.)]].
Le bourgeois bonhomme Acte II, scène IVPar Jean-Marie Harribey
(Parodie du Bourgeois gentilhomme *, de Molière.)*
Maître de philosophie politique,
Monsieur Sarkodain
Maître de philosophie politique. Venons-en à notre leçon.
Monsieur Sarkodain. Ah ! Mon Maître, que ne vous fussiez venu plus tôt, afin que vous m'aidassiez à parer les coups qui plurent sur moi.
Ces coups ne sont rien pour un philosophe. Que voulez-vous apprendre pour tremper votre caractère ?
Tout ce que je pourrai, car j'ai toutes les envies du monde d'être un grand président ; et j'enrage que mon père et ma mère ne m'aient pas fait bien étudier la science politique quand j'étais jeune.
Votre sentiment vous honore. Nam sine potentia vita est quasi mortis imago . Vous entendez cela et vous savez le latin sans doute !
Oui, mais faites comme si je ne le savais pas : expliquez-moi ce que cela veut dire.
Cela veut dire que sans le pouvoir, la vie est presque une image de la mort .
Ce latin-là a raison. Mais qu'avez-vous à me dire de plus ?
Par où vous plaît-il que nous commencions ? Voulez-vous que je vous apprenne la logique de la politique ?
J'ai hâte de connaître cet art, Maître.
Il s'agit en effet d'un art, qui obéit à trois principes.
Que sont-ils, ces trois principes ?
Le premier, le deuxième et le troisième. Le premier est de bien diviser. Le deuxième est d'additionner les avantages pour les puissants. Le troisième est de soustraire l'information à la vue des manants. Ce sont là les trois principes de l'art de bien gouverner qui permet de multiplier honneurs et richesses.
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :