Le bourgeois bonhomme

Bernard Langlois  • 6 décembre 2007 abonné·es

Comme il lui arrive parfois, quand quelque pépite lui tombe sous la main, le chroniqueur s'en voudrait de ne pas l'offrir à ses lecteurs ; seul l'humour et la dérision l'aidant à surmonter l'aversion que lui inspire l'actuel pouvoir, et la nausée que ses méthodes lui donnent, il a trouvé, dans la réjouissante parodie ci-dessous, un bien beau moment de réconfort et de franche hilarité (ce qui n'exclut pas la pertinence). Alors, cette semaine, c'est un pastiche (sinon rien...), servi prêt à consommer. L'auteur en est un distingué professeur d'économie que nos lecteurs fréquentent régulièrement dans ces colonnes, par ailleurs coprésident d'Attac, Jean-Marie Harribey. On reconnaîtra dans ce « Monsieur Sarkodain » le proche parent de certain bourgeois de Molière qui se rêvait gentilhomme, comme d'autres s'imaginent homme d'État... Régalez-vous [[Texte paru sur Citizen Mag, un site bordelais (l'auteur enseigne à Montesquieu-Bordeaux-IV) : . À paraître également dans la prochaine lettre (n° 10) du conseil scientifique d'Attac, que je vous conseille de découvrir à cette occasion : http://www.france.attac.org/spip.php?rubrique997.)]].

Le bourgeois bonhomme Acte II, scène IV

Par Jean-Marie Harribey

(Parodie du Bourgeois gentilhomme *, de Molière.)*

Maître de philosophie politique,

Monsieur Sarkodain

Maître de philosophie politique. ­ Venons-en à notre leçon.

Monsieur Sarkodain. ­ Ah ! Mon Maître, que ne vous fussiez venu plus tôt, afin que vous m'aidassiez à parer les coups qui plurent sur moi.

­ Ces coups ne sont rien pour un philosophe. Que voulez-vous apprendre pour tremper votre caractère ?

­ Tout ce que je pourrai, car j'ai toutes les envies du monde d'être un grand président ; et j'enrage que mon père et ma mère ne m'aient pas fait bien étudier la science politique quand j'étais jeune.

­ Votre sentiment vous honore. Nam sine potentia vita est quasi mortis imago . Vous entendez cela et vous savez le latin sans doute !

­ Oui, mais faites comme si je ne le savais pas : expliquez-moi ce que cela veut dire.

­ Cela veut dire que sans le pouvoir, la vie est presque une image de la mort .

­ Ce latin-là a raison. Mais qu'avez-vous à me dire de plus ?

­ Par où vous plaît-il que nous commencions ? Voulez-vous que je vous apprenne la logique de la politique ?

­ J'ai hâte de connaître cet art, Maître.

­ Il s'agit en effet d'un art, qui obéit à trois principes.

­ Que sont-ils, ces trois principes ?

­ Le premier, le deuxième et le troisième. Le premier est de bien diviser. Le deuxième est d'additionner les avantages pour les puissants. Le troisième est de soustraire l'information à la vue des manants. Ce sont là les trois principes de l'art de bien gouverner qui permet de multiplier honneurs et richesses.

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Edito Bernard Langlois
Temps de lecture : 12 minutes