Keny Arkana ou la radicalité mélancolique

La rappeuse revient avec un album thématique, « Désobéissance »*. Le sociologue Philippe Corcuff fait l’exégèse de ce disque émancipateur,
en convoquant Étienne de la Boétie, Pierre Bourdieu, Walter Benjamin…

Phillipe Corcuff  • 20 mars 2008 abonné·es

La gauche radicalement mélancolique n'a pas grand-chose à voir avec la béchamel mélancolique que nous a récemment servie le conseiller en inintelligence de Ségolène Royal dans son dernier opuscule, Ce grand cadavre à la renverse . À la différence de BHL, elle ne se complaît pas dans le dernier chic du renoncement à l'émancipation. Elle n'a pas perdu ses idéaux, mais son rapport au monde apparaît lesté par les longues douleurs et les éclats de bonheur du passé. Elle sait qu'il y a eu des moments intenses qui ont laissé des traces dans nos imaginaires : 1848, 1871, 1936, 1945, 1968... Elle ne méconnaît pas les acquis sociaux et sociétaux conquis de hautes luttes, et que justement le rouleau compresseur néolibéral s'efforce d'éliminer au nom d'une « modernité » patronalement orientée. Mais elle est bien obligée de constater que, depuis presque deux siècles, d'expériences locales noyées dans les logiques dominantes en impasses totalitaires, d'institutionnalisations affadissantes en rêveries gauchistes sans effets, l'espérance d'une société non-capitaliste sur des bases démocratiques et pluralistes a échoué.

La gauche radicalement mélancolique comprend qu'il n'y va pas seulement des méchants oppresseurs et de méchants médias ­ même si ce sont bien

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Culture
Temps de lecture : 6 minutes