Nach Berlin !
dans l’hebdo N° 1077 Acheter ce numéro
Michelot
Une anecdote en forme de clin d’œil à mes condisciples de l’ESJ (École supérieure de journalisme) de Lille dans les années 1960 : aucun d’entre eux n’a oublié Michelot, j’en suis sûr. Jules Michelot, personnage fabriqué de toutes pièces par quelques esprits facétieux et vite devenu mythique, bien au-delà des murs de l’école ; et même de l’université catholique du boulevard Vauban, qui avait alors l’honneur (la corvée ? Nous étions de turbulents jeunes gens, toujours partants pour les pires bêtises, terreurs des parents des pures jeunes filles de la bourgeoisie locale inscrites en fac de lettres…) de nous héberger : La Voix du Nord de l’époque, où nous avions quelques accointances et pas mal d’anciens, ne manquait pas de citer Michelot en bas de la liste des personnalités qui « honoraient de leur présence, etc. » . Michelot superstar. Et sa devise, devenue gimmick : « Tous des cons, comme dirait Michelot ! » Nous en avions fait le modèle des journalistes, l’homme présent sur les coups avant tout le monde. Il avait dépouillé la presse dès l’aube, de l’Herald Tribune au Petit Bleu des Côtes-du-Nord ; était au courant de tous les potins, le roi du « Kibèzeki », incollable sur les rumeurs d’alcôves et/ou de cabinets, et voyait venir sans coup férir le moindre remaniement ministériel ou la prochaine dévaluation du franc. Était-il vivant ou mort, d’aujourd’hui ou d’hier ? Il était de toujours. Nous avions, en grande pompe et joyeuse procession, inauguré son buste dans un recoin des facultés et vissé la plaque de l’impasse Jules-Michelot (qui menait aux cagoinces)… Et, pour l’occasion, posé un peu partout sur les murs des couloirs des affichettes qui nous paraissaient alors d’un humour irrésistible : « “J’étais sur le radeau de la Méduse”, nous déclare Jules Michelot » , ou