Les déçus du régime
dans l’hebdo N° 1079 Acheter ce numéro
Coup d’envoi Sarkozy a donc donné le coup d’envoi officiel de la campagne des régionales en venant lui-même mouiller la chemise devant deux mille cadres de l’UMP. L’événement avait lieu à Aubervilliers, dans cette banlieue (encore) populaire où le Petit Père des riches ne se risque guère, si ce n’est entouré d’amis sûrs et d’une garde prétorienne caparaçonnée. Sa présence active devant le conseil national du parti majoritaire indiquait clairement comme est fictive la notion de « Président de tous les Français » , au-dessus des clans, des factions et des familles politiques.
On ne le clouera pas pour ça au pilori : aucun président de la République Cinquième du nom n’a gouverné en suspension, en arbitre impartial. Pompidou veillait au destin des « jeunes loups » qu’il expédiait en terre de mission (tel Chirac en Corrèze) ; Giscard ne manquait pas, les veilles de scrutin, de chuinter « le bon choix pour la France » ; quant à Mitterrand, expert sans égal de la carte électorale, il n’aurait pas laissé passer la moindre élection cantonale sans se mêler du choix du cantonnier ; Chirac de même. Il n’est jusqu’à de Gaulle dont je ne jurerai pas qu’il dédaignait de pencher sa haute taille, malgré son mépris affiché des partis « cuisant leur petite soupe sur leur petit feu » , sur les misérables agitations du microcosme. Et comment en serait-il autrement, quand toute la vie d’un chef n’est qu’une longue suite de combats, contre les siens d’abord, puis à leur tête contre le camp d’en face, pour accéder enfin, tout couturé et flapi, au sommet tant convoité ? Au fond, pour se sentir vraiment au-dessus de la mêlée, il faut être sorti du jeu. On est mûr alors pour le dernier rôle d’une longue vie publique : promeneur souffrant du Champ-de-Mars ou grand-père