« Il y a toujours une très grande peur »
Brigitte Font Le Bret, psychiatre à Grenoble et spécialiste de la souffrance au travail, s’entretient dans un livre avec un ancien salarié de France Télécom. Elle revient ici sur la vague de suicides dans cette entreprise.
dans l’hebdo N° 1104 Acheter ce numéro
POLITIS : Quand avez-vous remarqué des changements dans l’attitude des salariés de France Télécom ?
Brigitte Font Le Bret I Dans les années 1990, les premiers salariés de France Télécom qui viennent me voir ont des angoisses, des troubles du sommeil, c’est-à-dire des formes cliniques d’intensité moyenne. À partir de 2000, j’ai constaté des situations suicidaires et des phobies d’évitement qui réclamaient des soins beaucoup plus lourds, ainsi que des arrêts de travail. Il y a eu une accélération après 2005. J’explique dans le livre qu’à cette période j’avais toujours peur et que mon téléphone portable était toujours allumé. Par exemple, pour les agents de l’ex-service public des PTT, les conditions de travail sont très difficiles parce qu’ils n’ont aucune marge de manœuvre. On les a catapultés dans des