L’Europe pêche en eaux troubles
L’Union européenne, soucieuse de préserver ses ressources halieutiques en partie épuisées,
tente d’imposer aux pays africains des accords qui mettent en danger leur sécurité alimentaire.
dans l’hebdo N° 1104 Acheter ce numéro

Le 11 mai, le ministre des Pêches mauritaniens, Aghdhafna Ould Eyih, recevait à Nouakchott Hans-Georg Gerstenlauer, délégué local de l’Union européenne (UE). Une rencontre loin d’être anodine, car près de 200 bateaux européens sillonnent les eaux mauritaniennes et 437 licences de pêche leur ont été octroyées l’an dernier. L’Europe, du fait de ses eaux épuisées en poisson, importe aujourd’hui 60 % de la ressource via une pêche industrielle lointaine. Et principalement près des côtes africaines, où la faiblesse des structures étatiques a ouvert des marchés très lucratifs que les accords de partenariat de pêche (APP) bilatéraux ont largement favorisés à partir de 1979. Actuellement, la pêche est régie par ces accords dans une quinzaine de pays : Guinée Conakry, Madagascar, Seychelles, Maroc, etc. Dans le cas de la Mauritanie, l’UE versera en 2010 70 millions d’euros au pays. En échange, un nombre défini de navires européens obtiennent le droit d’accès aux eaux territoriales, sans limite de captures. En compétition directe avec la pêche artisanale locale, l’ampleur des volumes pêchés par les navires industriels constitue un