Abandonnés par l’État français
Six mois après le séisme, les Haïtiens sont confrontés à des obstacles administratifs qui empêchent les rapprochements familiaux et entretiennent des situations dramatiques.
dans l’hebdo N° 1106 Acheter ce numéro

Elle parle en créole, des sanglots dans la voix, et il y a de la friture sur la ligne. Bélina Morcy est au téléphone, à Paris, avec une de ses deux nièces qui vivent à Port-au-Prince. Leur mère est décédée, et elles sont sous la tutelle de leur tante depuis 2008. Nul besoin de traducteur pour comprendre la détresse de l’adolescente. Pas de maison, pas de vêtements, et les pluies qui arrivent prochainement sur l’île caribéenne. Le bruit de la rue, là-bas, en plein chaos, tranche avec le calme, ici, de la pièce, dont les fenêtres donnent sur un jardin. Bélina Morcy téléphone devant une quarantaine de personnes venues assister à la conférence de presse organisée par la Plateforme des associations franco-haïtiennes (Pafha), le jeudi 3 juin, à l’Assemblée nationale. Cette Française originaire d’Haïti tenait à témoigner de sa difficulté à faire rapatrier en France Amelisena, 16 ans, et Wedeline, 17 ans. Toutes les démarches ont été mises en œuvre. Les demandes de visas ont été faites en 2009, et le montant de l’opération, deux fois 99 euros, a été versé depuis longtemps à l’ambassade de France sur l’île. La procédure traînait. Depuis le séisme, elle est bloquée.
Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a fait plus de 300 000 morts en Haïti. Deux jours après, le