Allègre attaque Politis (suite)

L’appel que nous publions fait suite à la réunion publique tenue le 23 juin au Théâtre de l’est parisien, à l’initiative de Politis, Medipart et Terra Economica.

Politis  • 8 juillet 2010
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Organisé à l’origine en solidarité avec Politis (voir Politis n° 1103), attaqué pour « diffamation » par Claude Allègre, ce débat a posé plus largement le problème du rapport à la vérité. Les signataires de ce texte, scientifiques et journalistes, appellent leurs professions à la vigilance contre tout ce qu’incarne Claude Allègre dans la communauté scientifique, mais aussi contre la complaisance de certains médias et leur propension à privilégier le sensationnel aux dépens de la vérité. Il va sans dire, par ailleurs, que nous tiendrons informés nos lecteurs des suites judiciaires de l’action intentée par Claude Allègre contre notre journal et les auteurs d’une tribune publiée en juin 2009.

La rédaction de Politis

Vingt-trois scientifiques et journalistes

appellent leurs professions à la vigilance

Après avoir pris connaissance de la plainte pour « diffamation publique » déposée par Claude Allègre contre Politis et les huit coauteurs d’une tribune publiée par cet hebdomadaire, les scientifiques et les journalistes soussignés ont décidé d’alerter conjointement leurs professions.
Scientifiques et journalistes font le constat qu’ils sont confrontés, par le comportement de Claude Allègre, aux mêmes problèmes d’éthique.

Lorsqu’un membre reconnu de la communauté scientifique se sert de son prestige scientifique pour diffuser des contrevérités et des inexactitudes dans des domaines qui lui sont étrangers, lorsqu’il a recours à l’insulte, au mépris et à l’intimidation à l’appui de ses erreurs d’analyse, c’est la perception même de la science par la société qui est brouillée.
Lorsqu’il utilise la candeur, la méconnaissance ou le goût du sensationnel de certains journalistes pour diffuser des contrevérités, ou pour détourner la notion de doute légitime afin de se poser en victime d’une prétendue pensée unique, c’est le rôle du journaliste dans notre société qui est décrédibilisé.

Dans un cas comme dans l’autre, le débat se trouve verrouillé, le rapport à la vérité est brouillé, et la démocratie est affaiblie.

Les scientifiques et journalistes soussignés s’adressent à leurs collègues, consœurs et confrères. Ils en appellent à la vigilance de tous afin que, tout en respectant la nécessaire liberté d’expression de chacun, l’imposture et la démagogie soient systématiquement dénoncées.

Sébastien Balibar, physicien, directeur de recherche au CNRS, ENS ; Édouard Bard, climatologue, professeur au Collège de France ; Sophie Bécherel, journaliste à Radio France, présidente de l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) ; Édouard Brézin, physicien ; Michel Broué, mathématicien, professeur à Paris-Diderot et à l’Institut universitaire de France ; Gérard Desportes, journaliste, Libération ; Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, ancien directeur du programme Ecodev du CNRS ; Stéphane Foucart, journaliste, le Monde ; Pierre-Henri Gouyon, biologiste ; Sylvestre Huet, journaliste, Libération ; Jean Jouzel, climatologue, directeur de recherche au DEA, médaille d’or du CNRS ; Étienne Klein, physicien, directeur de recherche au CEA ; Bernard Langlois, journaliste, Politis ; Bernard Legras, climatologue, directeur de recherche au CNRS, ENS ; Joël Martin, physicien ; Valérie Masson-Delmotte, climatologue, ingénieur de recherche au CEA ; Laurent Mauduit, journaliste, Mediapart ; Michel Parigot, mathématicien ; Patrick Piro, journaliste, Politis ; Edwy Plenel, journaliste, directeur de Mediapart ; Claudine Schwartz, statisticienne ; Denis Sieffert, journaliste, directeur de Politis ; Jacques Testart, biologiste, directeur de recherche honoraire à l’Inserm .
Idées
Temps de lecture : 2 minutes
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