En froid avec les machos

« Merci les filles ! »
retrace de façon ludique
l’histoire du féminisme
en France.

Clémence Glon  • 1 juillet 2010 abonné·es

Quelle mouche les a piquées ? Le 26 août 1970, les fondatrices du MLF se rendaient sous l’Arc de triomphe pour rendre hommage à la femme du soldat inconnu. Monique Wittig, Anne Zelensky, Cathy Bernheim et quelques autres surprenaient les médias et les soixante-huitards avec des slogans tels que : « Un homme sur deux est une femme. » C’était il y a quarante ans. Un anniversaire qui est l’occasion pour Valérie Ganne, Juliette Joste et Virginie Berthemet de revenir sur les grands moments de l’émancipation féminine. Merci les filles ! est un petit livre amusant qui concentre « tout ce qu’il faut savoir sur le féminisme pour être ravissante et pas idiote ».

Au fil des pages et des dates clés, l’ouvrage retrace l’histoire du Mouvement de libération des femmes et du féminisme en général dans l’Hexagone. Ludique, le livre n’apprendra rien aux aguerries de l’égalité des sexes. Il s’adresse avant tout aux femmes qui estiment que le combat mené par leurs mères n’a plus de raison d’être dans cette société où elles peuvent s’épanouir librement. Le livre rend bien compte de la longue lutte qui a été menée pour aboutir à la situation actuelle. Une situation loin d’être parfaite puisque « 80 % des travailleurs gagnant moins que le Smic sont des femmes, 60 % des emplois non qualifiés sont occupés par des femmes » , et qu’elles touchent un salaire annuel moyen au moins 20 % inférieur à celui des hommes.

Avec humour, les trois auteures n’hésitent pas à dépeindre les grandes figures du féminisme en utilisant un graphisme et une approche un brin pop art et décalée. De Simone de Beauvoir transformée en Superwoman à une Ségolène/Lara Croft armée de la rose socialiste, les illustrations sont drôles sans être dénuées de sens. En faisant référence à des classiques de la littérature féministe, Merci les filles ! éclaire sur certaines tendances actuelles. La pédagogue italienne Elena Gianini Belotti, dans son essai Du côté des petites filles (1974), « explique comment l’éducation et les livres pour enfants reproduisent implacablement des schémas inégalitaires ». Pourtant, « la très désuète Martine ne s’est jamais aussi bien portée et la maman de Petit Ours brun est toujours une parfaite ménagère » , constatent les auteures.

Un retour en arrière qui serait animé par une forme de lassitude. « Quand, à l’instar de Virginie Linhart, fille d’un dirigeant maoïste, on appelle son chien MLF, et qu’à 6 ans on apprend à lire sur les affiches féministes […], croire au prince charmant devient un signe de rébellion. »
Un espoir à l’horizon cependant. Depuis une dizaine d’années, des initiatives originales voient le jour. Le groupe d’action féministe La Barbe choisit le happening pour dénoncer la sous-représentation des femmes dans certains milieux. « Affublées de barbes de couleur », elles investissent les hauts lieux de la science, de la politique, des affaires et de la culture.
Les banlieues sont également un terreau fertile de lutte pour l’égalité de sexes. Si le mouvement Ni putes ni soumises, fort de ses 8 000 adhérents, a été très médiatisé et s’est rapproché des pouvoirs, d’autres associations telles que Voix d’elles rebelles poursuivent un véritable travail de fond et « informent les filles issues de l’immigration et leurs mères sur les mariages forcés, l’excision, les services d’aide sociale et de communication non-violente ».

Le livre désacralise au passage quelques pontes de la littérature française en montrant que le talent ne va pas nécessairement de pair avec la lucidité. « Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédérastes », écrivait ainsi Charles Baudelaire… Cela peut certes faire sourire aujourd’hui, mais l’abstraction trop systématique de la part de certaines personnalités montre que le machisme est toujours considéré peu ou prou comme un détail. Dans un autre registre, les publicités rassemblées dans Merci les filles ! semblent venir d’un autre temps. La plus récente date pourtant de 2009. Dans la pub, « les femmes adorent se promener toutes nues, même sous la neige. Quand elles disent non, elles pensent oui, car elles ne détestent pas être forcées », ironisent les auteures. Merci les filles ! dénonce donc sans se prendre au sérieux mais se veut aussi une contribution pour faire avancer les choses. Pour une égalité réelle entre les sexes.

Idées
Temps de lecture : 4 minutes

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