Tambours combattants
Fin mai, en Guadeloupe, plusieurs créations artistiques ont commémoré l’abolition de l’esclavage. Reportage.
dans l’hebdo N° 1111 Acheter ce numéro

L’ombre s’est emparée du fort Delgrès, à Basse-Terre. Au sommet de la muraille, un pinceau lumineux découpe la silhouette de Marie-Line Dahomay. Sa voix chaude, intense, grave entonne « San rètou » (Sans retour), une chanson qui évoque la déportation des esclaves africains. En ce 26 mai, c’est une double commémoration qui débute : celle de l’abolition de l’esclavage, le 27 mai 1848, et celle du sacrifice de Louis Delgrès, qui se fit sauter plutôt que d’accepter le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte, le 28 mai 1802.
Pour l’occasion, la chorégraphe Raymonde Pater-Torin a conçu un spectacle axé sur des temps forts de l’histoire des Antilles. Sixième Continent met en scène des épisodes occultés par les manuels scolaires, qui reprennent sens dans la création contemporaine. La chorégraphe et les danseurs de Kamodjaka s’inspirent du gwo ka : « Le gwo ka est une danse particulière : nous sommes dans la terre mais en même temps nous sommes des danseurs-sauteurs. Je garde ce corps qui est noué, qui se dénoue, qui se replie, qui saute, qui rebondit, qui réagit tout le temps. » Au gwo ka se mêlent d’autres techniques, modern jazz en particulier, pour créer un