Mélenchon s’estime conforté

Le Parti de gauche, qui réunit son congrès ce week-end, veut contribuer à une « révolution citoyenne ».

Michel Soudais  • 18 novembre 2010 abonné·es
Mélenchon s’estime conforté

Deux ans après son lancement, le Parti de gauche (PG) s’est installé dans le paysage politique. Au lendemain de la mobilisation sur les retraites, dans laquelle ses militants se sont investis sans réserve, boostés par un Jean-Luc Mélenchon très présent dans les médias, les meetings unitaires et les manifestations, ses « idées font leur chemin dans les têtes », assure François Delapierre, son délégué général. Convaincu que « les gens cherchent une alternative politique » , il entend bien, à l’occasion du congrès que son parti tient ce week-end, au Mans, que le PG s’adresse d’abord à eux. « Le PS et Europe Écologie-Les Verts ne leur offrent pas d’autre solution que de se serrer la ceinture » , lance-t-il avec l’ambition d’incarner une autre « option possible » . Une option que le PG résume en une formule : « La révolution citoyenne. »

Celle-ci « n’est pas un cosmétique ni un lifting du Vieux Monde », prévient Jean-Luc Mélenchon dans son dernier essai [^2]. « C’est un renversement de pouvoir. Elle le reprend à l’oligarchie, au monarque présidentiel et à l’argent roi. » Avec cet essai au titre volontairement provocateur –  « Qu’ils s’en aillent tous ! » est la traduction du mot d’ordre de millions de Sud-Américains engagés dans les révolutions démocratiques contre le libéralisme –, le député européen a voulu faire un livre populaire, autant par son style direct et incisif que par son prix, afin, dit-il, « de redonner au grand nombre le goût de se mêler des affaires publiques » .

L’ensemble est écrit dans un style volontiers gouailleur. Les ultrariches y sont qualifiés de « grosses bouches à fric » , plus loin il est question « des profiteurs » et « parasites dont on pourrait se passer sans problème » , de « ceux qui se goinfrent » … Le style choque « la caste médiatico-politique » , qui ne goûte guère d’être prise pour cible, effraie certains milieux de la gauche. Mais, un mois après sa sortie en librairie, l’ouvrage figure parmi les meilleures ventes des livres politiques. Signe que bousculer les convenances rhétoriques peut faire mouche. Et si l’analyse reste forcément succincte dans un essai qui n’a pas pour objectif d’être un manifeste ou un programme mais de présenter « un croquis sommaire » de cette révolution citoyenne, les grandes lignes n’en ressortent que mieux.

Jean-Luc Mélenchon les déclinent en cinq chapitres qui sont autant d’axes thématiques : la refondation républicaine avec la proposition d’élire une Assemblée constituante ; le partage des richesses, qui « n’est pas le volet social de la révolution citoyenne, [mais] son point de départ » , et dont l’objectif est de reprendre au capital les 10 points de richesse nationale volés au travail, notamment par l’instauration d’un salaire et d’un revenu maximums ; la sortie du traité de Lisbonne, décrite comme une condition majeure de la reprise en main de son destin par le peuple ; la planification écologique, décrite comme le seul moyen de changer complètement de modèle de production, de consommation et d’échange ; une autre paix, enfin, qui défend la reprise par la France de son indépendance internationale, veut s’affranchir de la tutelle et nouer des relations nouvelles avec les pays émergents.

L’auteur renvoie d’ailleurs ses lecteurs au Parti de gauche pour prendre connaissance du manifeste qui l’inspire. Il s’agit d’un texte de 80 pages, mis en chantier l’an dernier lors d’une convention nationale et enrichi depuis, intitulé Lignes d’horizon. Il devrait être définitivement adopté lors du congrès du Mans, tout comme les statuts du PG, qui vivait jusqu’ici sur un règlement provisoire, et un texte décrivant le parti dont ses militants veulent se doter pour « armer la gauche face à la catastrophe sociale, écologique et démocratique provoquée par le capitalisme et la logique productiviste » . Le programme, lui, devrait très rapidement être débattu au sein du Front de gauche avec le PCF et la Gauche unitaire.

Les réunions publiques, dont le principe avait été acté à la fête de l’Humanité, ont pris du retard avec la mobilisation sur les retraites. La première devrait se tenir le 9 décembre en Île-de-France et traiter des institutions. Mais, avant, Pierre Laurent et Christian Picquet prendront la parole au Mans, où s’exprimeront aussi de nombreux responsables politiques et associatifs, promet le PG. Qui n’a pas renoncé à élargir le Front de gauche.

[^2]: Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la révolution citoyenne, Jean-Luc Mélenchon, Flammarion, 144 p., 10 euros.

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