Le premier congrès du NPA tourne au fiasco

Michel Soudais  • 14 février 2011
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Le premier congrès du NPA tourne au fiasco

Vincent Duse (P4), Gaël Quirante (P2), Myriam Martin (P1), Léonce Aguirre (P3).


Myriam Martin a le sens de l’euphémisme. Requise dimanche après-midi pour représenter la direction du NPA à la conférence de presse finale du premier congrès de l’organisation anticapitaliste, la jeune femme, membre du comité exécutif, a d’emblée évoqué un congrès «compliqué et difficile» , soulignant le caractère «très polyphonique» de son organisation. De la pure langue de bois, quand des délégués quittaient la salle, quelques minutes plus tôt, en pestant sur «un congrès de merde» , ou en évoquant de probables «nouveaux départs» .

Entrée dans le congrès avec un texte d’orientation (position 1) qui n’avait recueilli que 40,83 % des voix auprès des 3.550 militants ayant participé aux congrès locaux, la direction du NPA n’est pas parvenue à dégager une orientation commune.
Même l’idée d’un «appel» a minima pour une «candidature de rassemblement anticapitaliste» à la présidentielle, voulue par Olivier Besancenot, qui l’évoquait dans l’entretien accordé à Politis (10 février), n’a pas abouti. Une partie des délégués ne souhaitaient pas que le NPA s’engage dans une préparation de la présidentielle, tandis que d’autres voyaient dans cette proposition un leurre préparant la candidature du facteur de Neuilly en 2012.

Tout au long du week-end, la direction du NPA est apparue tiraillée entre des «identitaires» incarnant le noyau dur trotskiste, qui présentaient deux positions concurrentes (position 2, 28,29% et position 4, 3,4%), et les partisans de l’unité à la gauche du Parti socialiste, dont l’orientation (position 3) était soutenue par 27,20% des adhérents.

Le NPA n’est pas parvenu non plus à trancher le débat qui l’agite depuis la candidature d’une jeune femme voilée aux régionales. Après bien des discussions animées, la question a finalement été renvoyée à une prochaine conférence nationale.

Seul un texte intitulé «nos réponses à la crise» et une motion de «solidarité avec les peuples tunisien et égyptien» ont obtenu un vote très majoritaire.
Cela ne permet pas de sauver l’image d’un congrès désastreux où aucun bilan véritable n’a été tiré des deux premières années d’existence du NPA. Deux années marquées par une importante hémorragie militante: de l’aveu de ses dirigeants le NPA revendique 6.000 adhérents, dont au mieux 5.000 à jours de cotisations (contre 9.000 à 10.000 cartes revendiquées en février-mars 2009).

A l’issue du congrès, sept membres de la direction sortante [^2], membres du courant unitaire Convergences et alternative et favorables à un rapprochement sous conditions avec le Front de gauche, ont annoncé dans un communiqué adressé aux militants du NPA, puis à la presse, qu’ils reprenaient «par d’autres chemins le projet [qu’ils croyaient] possible lors de la fondation du NPA» (voir encadré). Sur Mediapart, un autre militant, Guillaume Hervier, fait part de son dépit d’avoir été «berné par une vieille garde de la LCR identitaire, sectaire et imbécile» .

A l’issue de ce congrès calamiteux, la perspective de voir la gauche anticapitaliste et antilibérale rassemblée sur des candidatures communes aux élections présidentielle et législatives de 2012 paraît bien improbable. De tous les fiascos de ce congrès, ce n’est pas le moindre.


[^2]: Leila Chaibi (ex-CE et CPN NPA L’appel et la pioche), Yann Cochin (ex-CE et CPN NPA Clamart), France Coumian (ex-CPN NPA Paris 19e), Maël Goepfert (ex-CPN NPA Paris centre), Danièle Obono (ex-CE et CPN NPA Aubervilliers), Anthony Smith(ex-CPN NPA Reims), Stéphanie Treillet (ex-CPN NPA 94).

Temps de lecture : 3 minutes
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