Béatrice Delay : « La lutte des générations est un faux-nez de la lutte des classes »

Béatrice Delay est sociologue. Elle a mené plusieurs recherches[^2] sur le rapport des jeunes au travail pour le Centre d’étude et d’emploi.
De quoi briser quelques idées reçues.

[^2]: « Le rapport entre jeunes et anciens dans les grandes entreprises » et « Les jeunes : un rapport au travail singulier ? », septembre 2008, CEE.

Pauline Graulle  • 28 avril 2011 abonné·es

Politis : Les jeunes actifs débutent leur vie professionnelle dans un contexte marqué par le chômage, la précarité, la concurrence… Quelles sont, plus tard, les conséquences sur leur rapport au travail ?

Béatrice Delay : Vous évoquez ce que le sociologue Louis Chauvel appelle « l’effet de scarification », c’est-à-dire les traces laissées par une arrivée chaotique dans le monde du travail. Si Chauvel les analyse sur le plan macrosociologique, j’ai souhaité comprendre quelles en étaient les empreintes intimes, subjectives, pour des jeunes déjà en emploi. Or, que constate-t-on quand on réalise des entretiens approfondis ? D’abord que la relation au travail des jeunes est beaucoup moins monolithique et simpliste que le portrait qu’en font les discours médiatiques et managériaux – ils parlent parfois de « révolution copernicienne »… Les jeunes n’auraient qu’une seule idée en tête, gagner de l’argent, ils auraient un rapport instrumental au travail, ils ne seraient pas fidèles à leur entreprise… Première remarque : quand on sait qu’un tiers des moins de 30 ans ont déjà occupé au moins 4 postes différents dans leur courte carrière, et sachant que ces mobilités sont en grande partie subies, on ne peut

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Temps de lecture : 5 minutes