Festival Vision’r : au-delà du réel

Avec le festival Vision’r, organisé le weekend dernier à Paris, une nouvelle scène s’est ouverte, celle d’une culture engagée et technologique. Son nom : le « VJing ».

Lucie Legeay  • 20 mai 2011
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Festival Vision’r : au-delà du réel

Des ordinateurs parsèment les salles de représentation de la MJC Mercoeur, dans le XIe arrondissement de la capitale. Des câbles courent le long des murs, des écrans géants envahissent les lieux. Tout ça pour le VJing, qui consiste à « mixer des images vidéo en temps réel pour s’approprier un événement ponctuel, habiller un concert, ou encore soutenir une création théâtrale  ». La définition est de Ouananiche, « VJ » (prononcer comme « DJ ») depuis six ans et figure reconnue de ce mouvement culturel.

Ouananiche

Ambiance tamisée, jeux de lumière, de formes et de couleurs sur fond de musique électronique, d’instruments acoustiques ou de textes, le VJing amène le spectateur dans un univers parallèle. Cantonné à ses débuts aux free-party, dans un cadre plus permissif, cet art visuel est très vite récupéré par les clubs de nuit. Aujourd’hui, grâce à l’apparition de structures collectives pour encadrer ces manifestations temporaires, la scène se diversifie et «  devient transdisciplinaire, propre à une création où l’image live n’est plus cloisonnée entre le visuel et le son. Elle s’ouvre à l’expérimentation  », explique Laurent, coordinateur du festival Vision’r et VJ depuis une douzaine d’années.

Le thème de ces trois jours de performances multimédia : « Le voyage artistique comme transformation poétique et politique ». Autrement dit, une balade dans un univers peuplé d’images remixées en direct à l’aide de logiciels permettant de faire des visuels en instantané. Une rencontre entre la musique, le théâtre, les pixels, un lieu et son public.

Luminocolor - Luminocolor

Le VJing se veut un concept nomade et politisé. Parcourant les capitales européennes à la recherche de nouveaux adeptes et de nouvelles performances à réaliser, les VJ recherchent, s’engagent, militent. Leurs programmations taillent dans le vif sur le terrain des sciences humaines et sociales, à grands coups d’approche poétique et d’esthétique déstructurée. « Ma performance Manifeste en remix est tir ée d’un documentaire du réalisateur Hugo la Tulipe. Ce court métrage est une réflexion engagée, écolo, c’est politiquement très à gauche, explique Ouananiche. Maintenant que j’ai l’occasion de le remixer, j’ai voulu garder le message militant  ».

Face à des formats culturels toujours plus uniformisés, le VJing perturbe la sphère artistique. Les treize collectifs présents durant le festival alternent performances engagées et poétiques, où le spectateur est amené à vagabonder selon sa propre sensibilité. Certains, comme le VJ suédois Joel Dittrich, invitent le public « à l’introspection et au questionnement  ». D’autres, comme Medialab, collectif français engagé sur le terrain politique, cherchent, par leurs images remixées, « à faire passer un message ».

Dans tous les cas, le public se retrouve embarqué dans un voyage numérique. «  C’est la première fois que je vois du VJ, c’est déroutant et visuellement impressionnant » , confie Marie, dans les couloirs de cette sixième édition française du festival. Après Paris, Rome accueille depuis hier et jusqu’au 23 mai les performeurs du monde entier. La clôture de cet échange transculturel européen se fera à Nantes le 10 juin prochain. Des pixels plein la tête.

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Culture
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