L’oeil était dans la cour…

Christine Tréguier  • 9 juin 2011
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En 2009, une série de faits-divers en milieu scolaire avait engendré la riposte du gouvernement. Sous couvert de « sanctuariser » les écoles, il avait dégainé sa solution miracle : équiper les établissements sensibles de portiques de détection et de caméras de surveillance. Caméras destinées à surveiller les abords des écoles pour empêcher les intrusions et, accessoirement, certains espaces sensibles à l’intérieur des bâtiments. Deux ans plus tard, force est de constater que certains chefs d’établissement confondent intérieur et extérieur, et ont tendance à prendre les caméras pour des super-surveillants. Les machines sont fiables et ont toujours l’œil aux aguets, alors que l’on manque de surveillants, ça tombe bien. Subventions des départements aidant, les caméras prolifèrent. On en installe dans les couloirs, dans les cours de récréation, sous le préau, dans les salles d’étude ou les foyers. En 2010, l’école Saint-Denis-de-Loches (Indre-et-Loire) avait défrayé la chronique. On avait découvert que cette institution catholique très policée avait placé des yeux électroniques jusqu’à l’entrée des toilettes et de l’infirmerie pour s’assurer que les élèves filent droit.



Cette tendance au monitoring systématique n’est pas du goût des enseignants, surveillés eux aussi. Ils regimbent contre ces dispositifs intrusifs qui incitent à la délation et à la répression plus qu’à la pédagogie. Et les parents d’élèves s’inquiètent. Comme l’expliquait déjà Christiane Allain, secrétaire générale de la Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (FCPE) au Monde en 2009, «  la solution, c’est l’éducation : apprendre aux enfants à vivre ensemble, à se supporter  » ; et le problème, ce sont «  les suppressions de postes de surveillants, de psys, d’enseignants… de tous les adultes qui transmettent des règles de vie et apprennent aux enfants le respect des uns et des autres ». 



De plus en plus d’associations de parents et d’enseignants saisissent donc la Commission nationale informatique et libertés (Cnil). Laquelle a effectué des contrôles dans certains des établissements mis en cause. Son verdict devrait faire réfléchir : ni la lutte contre le tabagisme ou la fugue, ni la protection des biens et des personnes ne peuvent justifier qu’élèves et enseignants soient filmés en permanence. Elle estime qu’il y a là « collecte excessive de données » et que ces systèmes « portent atteinte aux libertés des élèves et des personnels de l’établissement scolaire en les filmant en continu ». Cinq établissements ont donc été rappelés à l’ordre et priés de modifier leurs installations en les recentrant sur leur vocation initiale, la sécurisation des accès. Les écoles devront également informer parents et enseignants de la présence et de la finalité des caméras.



Faute de réel bilan, la question de l’efficacité de ces dispositifs reste posée. En 2009 une étude comparative réalisée par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France (IAURIF) dans une dizaine de lycées concluait que les caméras placées à l’entrée n’empêchent pas les intrusions, et que celles placées à l’intérieur n’empêchent pas les vols. « Les personnes qui veulent s’introduire dans un lycée trouvent des entrées sans caméra ou se fondent dans le flux des élèves. » D’autant plus facilement que les moniteurs sont le plus souvent placés dans la loge du gardien, qui a autre chose à faire que les regarder.

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