Un refuge pour les exilés du langage
Les personnes victimes de la torture souffrent de l’incapacité de s’inscrire dans un récit. L’Association Primo-Levi, qui travaille sur les relations entre violence et politique, leur vient en aide.
dans l’hebdo N° 1160 Acheter ce numéro

L’espace est biscornu, découpé sur trois étages. « On cherche à déménager, mais 400 m2 à Paris, ce n’est pas facile à trouver » , regrette Yaëlle Szwarcensztein, responsable de la communication et des publications à l’Association Primo-Levi. La trentaine, cheveux courts, la voix douce, elle se tient dans la salle d’accueil : table basse, chaises pour enfants, cartes du monde au mur, et une grande fenêtre donnant sur la cour de cet immeuble de l’avenue Parmentier, à Paris. « Au début, il y a seize ans, on n’avait que le 2e » , enchaîne Sibel Agrali. La quarantaine dynamique, longs cheveux noirs aux épaules, elle dirige le centre de soins. « Nous cherchons un espace “contenant”, ce découpage sur trois étages ne convient ni à l’équipe, qui va et vient avec ses trousseaux de clés, ni aux patients, qui ont du mal à se repérer… »
C’est l’une des caractéristiques des personnes victimes de torture, explique Beatrice Patsalides Hofmann : « Quand on met un sac sur la tête de quelqu’un, ou qu’on le maintient dans une lumière aveuglante ou un bruit assourdissant, on cherche